jeudi 14 janvier 2010

Haïti : la mort de l'écrivain Georges Anglade et de son épouse

Les nouvelles sont toujours contradictoires. J'ai passé presque une heure au téléphone avec Maguy, l'épouse de Dany Laferrière. Celui-ci nous a enfin donné signe. Il a envoyé un email, mais en utilisant l'adresse électronique d'un ami. Il dit avoir dormi avec les autres membres du festival Etonnants voyageurs dans un court de tennis de l'hotel Karibe - l'hotel qui était prévu pour la réception des auteurs...

Une mauvaise nouvelle a circulé : la mort de l'écrivain Georges Anglade (photo) et de son épouse. Leur fille qui vit en Caroline du Nord l'a confirmée hier soir dans les colonnes du quotidien canadien La Presse. Georges Anglade était un des invités d'Etonnants voyageurs. Le couple visitait des amis lorsque la maison dans laquelle il se trouvait s'est effondrée...

J'ai croisé Georges Anglade une fois. Nous étions chez le poète et éditeur Rodney Saint-Eloi avec Dany Laferrière. L'homme nous parlait de sa passion pour une forme originale du langage tiré de ses racines insulaires. Juriste de formation ayant commencé ses études en Haïti, il les a poursuivies en France où il a obtenu un Troisième Cycle en géographie appliquée et une licence en Lettres à l'université de Strasbourg.

A la fin des années soixante il s'installera au Canada. Son existence sera marquée par une rebellion permanente et un engagement politique pour la liberté des siens. Ce qui lui vaudra toutes les foudres du régime dicatorial en place. Emprisonné par Duvalier, contraint à l'exil, Anglade ne cessera de dessiner les contours "géographique" de son pays dans ses essais dont la plupart nomment cette terre d'Haïti aujourd'hui frappée par le chaos :
L'espace haïtien, en 1974 ; Mon pays d'Haïti, en 1977 ; Espace et liberté en Haïti, en 1982, ou encore Atlas critique d'Haïti, paru en 1982.

Sur le site "Île en île" consacré au monde insulaire francophone l'universitaire Françoise Naudillon présente Georges Anglade comme un homme de lettres "à la fois théoricien et praticien de la Lodyans, genre dont le modèle remonte à Justin Lhérisson et que Jacques-Stephen Alexis désigne comme le genre littéraire propre à Haïti.

Une définition de la "lodyans" est donnée dans l'avant-propos de Blancs de mémoire de Georges Anglade paru en 1999 : «La lodyans doit être classée parmi les créations collectives haïtiennes les plus significatives que sont le Vodou, le créole, la commercialisation par madansara, le compagnonnage des jardins paysans, la peinture, le marronnage, la gaguère des combats de coqs, le carnaval etc. Et cette lodyans est le mode littéraire le plus généralisé, le plus populaire, le plus ancien aussi dans l'expression du romanesque de ce peuple profond tel qu'il s'exprime en son pays profond.»
Pour aller plus loin, consulter le dossier préparé par Françoise Naudillon : http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/anglade.html
Photo, copyright Thomas C. Spear.

13 commentaires:

  1. Bon dieu de bon dieu, que t'avons-nous fait pour que tu puisses emporter un tel monument....
    A suivre aussi sur http://belleslettresrdc.blogspot.com/

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  2. Cher auteur,
    Je vous remercie pour avoir créé ce blog. Cela me permets de partager le malheur qui est descendu sur les Ha1tiens.
    amitiés
    Dipa

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  3. Quelle tristesse, une telle désolation est difficile à encaisser. Je pense aux Haïtiens depuis longtemps et peut-être un peu plus fort maintenant. Georges Anglade m'a permis a travers ses ouvrages d'être plus proche de ce pays et sa mort me touche également. Merci pour ce bel article et pour vos interventions.

    Bien à vous,

    J.D.

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  4. Merci pour ce blog où nous pouvons ainsi avoir des nouvelles et pour cet article qui m'a apporté des précisions sur Georges Anglade que malheureusement je connaissais mal !

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  5. Ecrivains haïtiens : Ecrire des retours sismiques
    Lionel Trouillot : Yanvalou pour Charlie ou le château de cartes d’un prête-nom

    Par Rachid Mokhtari

    1 ( suite...)

    Au moment de cette tragédie du ciel et des dictatures, je lisais Yanvalou pour Charlie de Lyonel Trouillot avec lequel je devais animer une rencontre au centre culturel français d'Alger prévue ce mois de mars. Un roman qui a pour cadre l'insaisissable cafouillis de Port au Prince avec ses déchirures architecturales mais aussi et surtout humaines. Charlie, le garçon du village oublié, vient frapper à la porte de la conscience de celui qui, pour effacer ses origines paysannes, se fait appeler Mathurin D Saint-Fort dans le milieu fermé, obséquieux et parasité de la justice. Avocat en pleine ascension, soucieux de sa réussite personnelle entre son Chef ripoux et deux de ses collègues femmes qui ne vivent que d'apparences, ce Mathurin là, on le sent dès les premières lignes du roman, n'est pas à l'aise dans son identité d'emprunt, de masques.

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  6. 2 ( suite...)
    Une guitare héritée d'un barde de son village natal ou fatal est, de tous les nouveaux bibelots de sa réussite matérielle, le seul objet qui ait une âme, plus que lui peut-être. Que fait encore cette guitare des enfances anciennes dans sa vie d'avocat? La musique ne fait pourtant pas bon ménage avec ce monde de la justice qui s'érige en forteresse de passe droits. Mais, bien que ses fils soient usés, l'instrument est encore capable de résonances, lointaines et proches car la compagne du vieux Gédéon- honnêteté faite homme- porte l'écho de l'enfant Dieutor qui a quitté son village de boue, son village de mer qui n'en est plus une, pour atterrir dans un orphelinat de Port au Prince où il est "enrôle" par d'autres enfants déracinés comme lui dans des descentes nocturnes conduites par Nathanaïel, l’intellectuel bandit du groupe d’enfants et d’adolescents qui se spécialisent dans les vols en tous genres dans les quartiers cossus de Port au Prince, là même où l’ex Dieutor ( Dieu Tord) tente d’effacer ses origines. Mais il se moque bien de son nom d’emprunt ; des attitudes empruntées de ses collègues femmes, arrivistes jusqu’au bout des ongles et de la Grande épouse de son Chef sans chef qui fait ses emplettes festives à Miami sur le compte ( au sens carte bancaire) de son époux « épouvantail ». Il en rit et trouve même à en faire l’objet d’observations scrupuleuses et humoristiques.

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  7. 3 ( suite...)
    Mais, cette drôle de vie ne pouvait tourner le dos à la misère ambiante. Celle des rues détritus, des grabats, d’une population jetée dans les détritus par des gouvernances prédatrices. Mathurin D Saint Fort, alias Dieutor, la honte camouflée, pourra-t-il tuer en lui l’enfant Dieutor et être enfin l’avocat respecté au nom composé affublé de la particule de noblesse. Non, le patronyme d’emprunt sonne faux comme les fils de la vieille guitare trop usés par les complaintes des gens de son village oublié des dieux et des hommes. D’ailleurs, il n’en a pas l’allure, encore moins la prestance ! Une identité de pacotilles dont le vernis injurie un pays balafré comme la joue de la sœur –mère de Nathanaïel, prénom aux douces consonances musicales et poétiques, braqueur à main armé et néanmoins tête « pensante » aux idéaux de partage et de justice. Dieutor contre Mathurin, Dieutor avec Charlie : commence alors un retour dans les dédales d’une ville exsangue, affamée, dépotoir où la faim court les rues. Dieutor mal déguisé en pauvre a habillé de neuf « son protégé dérangeant ». Tous deux, comme l’un dans l’autre, entament l’inévitable retour dans leur boue d’origine commune, les pays hésitants de l’ex Mathurin dans les ruelles jonchés de pelures, sur un rivage jadis marin rempli d’excréments, les yeux fixés sur les baraques en tôles ondulés, incertaines demeures qui ont « fait »pourtant son enfance. Ils ne sont pas seuls à y revenir, comme dans une nudité identitaire après, pour Dieutor une identité factice, pour Charlie, un toit pourri dans un orphelinat, un mouroir d’enfants que Port au Prince, rêvée ville lumière, vomit de ses entrailles pourries. Ils ne sont pas seuls dans cette traversée empuantie des origines. D’autres bandes marchent, trébuchent, à la recherche du magot volé, à la recherche aussi d’une enfance volée.

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  8. 4 (d) Ces êtres de rechange, en mal de pays, malgré les souffrances, ne perdent pourtant pas espoir. Les enfants dessinent à la craie sur les portes fragiles de leur gît des étoiles à défaut de les voir un jour briller dans le ciel. Le mythe du Vaudou qu’incarne le tribun du village, le Yanvalou de la terre ancestrale. Chacun des quatre personnages, Mathurin, Charlie, Nathanaïel, Anne dont Mathusin n’a pas oublié la berceuse rédemptrice « Dieutor, mon Dieutor » dit ses tourments, emprunte une voie, certes ardue, pour retrouver son passé, le reconstruire quand le souvenir n’existe plus, le quête au fond de soi, dans son double obsessionnel ( Dieutor/ Charlie) ou dans les mirages d’une idéologie généreuse mais impuissante ou, à l’instar d’Anne, dans les souffrances refoulées d’une mère au cœur balafré.

    e) Ce roman quatuor est un hymne à la terre haïtienne, africaine, en ce qu’elle a de sordide et d’attachant, de déracinant et d’enracinant. Sa beauté esthétique est faite de phrases brèves qui rappellent Samuel Beckett dans la voix de Nathanaïel ou encore, dans le décor apocalyptique des villages haïtiens et de la capitale, Port au Prince les descriptions nauséabondes de Malaparte dans son roman La peau.
    f) Yanvalou pour Charlie peut être lu comme une autofiction. L’auteur comme Dieutor a vécu dans un milieu familial de juristes et vit à Port au Prince. D’autres romans nouvellement parus abordent le même thème du retour à la communauté fondatrice à partir d’un monde ultra sophistiqué. Dans le Passé devant soi, la jeune fille qui a échappé au massacre dans son pays, le Rwanda, veut y retourner de Paris où elle vit et poursuit ses études pour une monumentale thèse universitaire « A la mémoire de…. ». Elle y retourne mais c’est pour écrire le roman auquel elle ne survivra pas. Trop de douleurs, trop de plaies et pour les bourreaux et pour les victimes.

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  9. 5 ( suite et fin)
    Dans L’impasse des larmes, le nouveau roman de Abdourrahmane Wabery, le personnage central, agent secret à la solde d’une multinationale retourne dans sa ville natale Djibouti dont un territoire abandonné des dieux et des hommes, mais dont le sous sol est riche est convoité par plusieurs firmes étrangères. Il doit enquêter et livrer des informations à un puissant réseau qui l’emploie. Mais, arrivé sur les lieux familiers, c’est son enfance qui le rattrape et l’entraîne au bout de la nuit de ses origines. Son itinéraire emprunte les chemins escarpés de Dieutor. Wabrey construit son roman sur des voix et des voies singulières, élégiaques où l’Afrique est proie d’un néocolonialisme qui emprunte ses méthodes à celles des tontons macoutes. Je n’ai pas encore lu L’énigme du retour de Dany Laferrière que j’ai connu à Alger pour avoir débattu avec lui de ses romans antérieurs Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer, Le goût des jeunes filles, Le vol des oiseaux fous et son avant dernier Je suis un écrivain chinois, romans dans lesquels la vitalité du peuple haïtien à travers la vivacité des jeunes filles et leur goût immodéré pour la vie s’oppose à l’immobilisme du régime des Duvalier. Sans doute que L’Enigme du retour porte toujours cet attachement frivol parce que vivant à son village natal Le Petit Goave et à toutes « ses » femmes qui l’ont élevé avant qu’il n’ait dans sa poche sa propre clé de sa propre chambre dans les pays du froid.

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  10. Desde Chile mi afecto para el pueblo haitiano

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  11. Grâce à vous, j'ai plus de renseignements sur la mort de georges Anglade et de ce qu'il avait continué de faire. Nous avions grandi ensemble à Port-au-Prince, nos deux familes ayant été très proches.J'aimerais pouvoir rentrer en relation avec le reste de sa famille.

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  12. Cher Alain, relaie le message ci-après stp
    Nous créons un livre online, CANTATE POUR HAÏTI

    Nous poètes, savons le coeur humain pris dans le désastre au pays de Toussaint Louverture.
    Haïti nous submerge..
    Les mots sont le dernier rempart contre l'horreur et nous voulons réagir dignement...
    Avec Dana Shishmanian, nous lançons le premier livre humanitaire online.

    Notre action a déjà un webmaster, Luc-André Rey, poète suisse, un hébergeur et un titre Poètes pour Haïti.
    Nous peaufinons les éléments actuellement avant de lancer le site.
    Les lecteurs achèteront le pdf en ligne et le montant total sera versé sur le compte d'une association caritative, avec traçablilité de toute l'opération via paypal.

    Ont déjà contribué à CANTATE POUR HAÏTI :

    Jean-Yves Loude (écrivain - ethnologue)

    Hubert Gerbeau - Historien poète romancier, (prix de thèse du Comité pour la mémoire de l’esclavage).
    André Robèr (poète, directeur des éditions K’A, France Réunion).
    David Giannoni, directeur MAISON DE LA POÉSIE D'AMAY & des éditions L'ARBRE À PAROLES
    Eric Dubois

    Gaëlle Josse

    Dana Shishmanian

    Denis Emorine

    Luc-andré rey

    Ndongo MBAYE...

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  13. Enfin des nouvelles des intervenants de ce qui devait être la seconde édition du festival des étonnants voyageurs. Mais quel malheur que ce soit un intellectuel de cette trempe qui ait disparu de cette manière. Et aussi tous ces gens... Haïti n'en finira jamais avec les drames.
    Courage,
    P.M.

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