jeudi 14 janvier 2010

Haïti n'est pas une terre maudite


Haïti est sans doute le pays qui est resté enraciné dans ses cultures africaines. Et ce n'est pas du tout étonnant que par exemple le mouvement de la créolité n'ait pas «atteint» cette île. Le peuple haïtien ne se pose pas de question d'identité : il se construit tout au long de l'Histoire sans renier cette négritude «debout» comme dirait Césaire. Pendant la dictature des Duvalier, les Haïtiens ont trouvé refuge parfois en Afrique et certains d'entre eux ont occupé de hautes fonctions au Sénégal du temps de Léopold Sédar Senghor. 

Il y a un fait qu'il faudra un jour mettre à nu : les Haïtiens en émigration dans les autres terres des Antilles françaises sont souvent victimes d'actes de dénigrements. C'est le comble pour un peuple qui s'est mis debout le premier afin que les Noirs recouvrent leur humanité.

La littérature haïtienne est l'une des plus importantes du monde noir. La vitalité actuelle - incarnée par Laferrière, Trouillot, Danticat, Louis-Philippe Dalembert - pourrait, pour certains observateurs, paraître comme un fait nouveau. Or ce peuple nous a donné des auteurs de renom et a imprimé une esthétique littéraire exigeante. Les pages de Jacques Stephen-Alexis sont tentaculaires. L'humanité qui traverse l'oeuvre de René Depestre est éblouissante. Les «sagas» de Jean Metellus sur la famille Vortex ou sa relecture de la geste de Dessalines laissent tout lecteur admiratif. Sur le plan musical, Haïti est au premier plan de l'espace insulaire : Coupé-Cloué, Claudette et Ti-Pierre, Skah Shah, Wycleef Jean ou le groupe Fugees, Haïti Kompa etc. Je n'évoque même pas la peinture, il suffit qu'on relise L'Enigme du retour de Laferrière pour voir combien ce peuple a un rapport très subtil avec la représentation du monde.

Je ne pense pas à la malédiction de cette île. Haïti est l'unité de mesure du monde noir. En même temps c'est un terreau culturel incommensurable. Sa position géographique est très stratégique et tous les occupants ont essayé en vain de «s'emparer» de l'île. Les dictateurs ont employé toutes les méthodes pour asservir la population. Dans ces conditions ce peuple a dû apprendre la culture de la rebellion permanente. Jusqu'à ce jour. Face à la nature qui gronde, à la terre qui remue, le combat devient à armes inégales. Même pour un peuple qui refuse toujours de se mettre à genou...


L'intégralité de cet entretien est disponible sur le site du Nouvel Obs :

14 commentaires:

  1. Vous avez sans doute raison. Haitï n'est pas une terre maudite, mais Haitï souffre depuis 250 ans ce qui équivaut grosso modo à exactement la même chose, n'est ce pas ? Haitï souffre de la nullité de ses gouvernances, souffre de ses satrapes cyniques, souffre de son histoire qu'elle ne veux pas assumer entre créolité et négritude (avoir viré le colonisateur blanc bec et s'en satisfaire ce qui est bien, puis se rendre compte que faire disparaître le père ce fut aussi assumer son entité morcelé) On ne peux nier la grande qualité littéraire des écrivains haitïens, de ceux qui pensent cette terre en français, en anglais ou en créole avec acharnement, envers et contre tous, de ceux qui inventent, de ceux qui créent dans l'adversité et le découragement. Il me semble cependant qu'un historien émérite a écrit un livre qui avait pour titre : "Haïti n'existe pas", ce qui en disait long sur les structures administratives de cette île, son degré d'autonomie à l'égard de ses puissants voisins. L'isolement a gagné. Le cynisme aussi. Tolèrer une démographie galopante, n'est ce pas criminel ? A quand Bébé Doc, écrivain, puisque Prosper Avril écrit des livres désormais ? Après cela, il faudra interroger l'histoire, la pauvreté endémique, l'égoisme latent, la richesse de ces chanteurs populaires qui roulent en grosse voiture pendant que des gosses bouffent des galettes d'argile, se demander pourquoi on en est là, avec une société coloniale qui a persisté au delà du raisonnable, et pourquoi l'économie fonctionne de façon plus satisfaisante en République Dominicaine, qui a connu pourtant les tristes "Trujillo" et autre "Balaguer" qui valent bien à eux deux, deux Duvalier ou un Aristide. Déni de justice, falsification de l'histoire, corruption à tous les étages, mépris de l'ancien monde, tandis que le Nouveau envoyait son peuple dans la misère. Oui, il eut été préférable qu'Haitï et ses rêves de prospérité, de grandeur, de liberté proclamé à la face des mondes, n'ait jamais existé. Non jamais. Que faire de sa liberté avec moins d'un dollar par jour ? Attendre Godot ?
    Toute ma sympathie pour ce peuple dans la douleur.
    cordialement CB.

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  2. Merci
    Une Haïtienne qui pleure mais voit son peuple debout d´montrat une fois de plus son humanité et humanisme profond

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  3. "La catastrophe a ceci de terrible que non seulement on ne croit pas qu’elle va se produire, mais qu’une fois produite elle apparaît comme relevant de l’ordre normal des choses. "(J.P. Dupuy)

    ce ne sera au final qu un "evenement" de plus .; mis a part pour ceux qui le vivent dans leur chair pour la plupart ce n est rien d autre qu un flash entre la mort d un soldat francais en afghanistant et le debat sur l identité national

    besson suspend l expulsion des haitiens . pendant combien de temps ?

    il y a un truc bizarre , tout c est effondré meme le palais présidentiel .. les hotel les ministere ..

    il faut que cet catastrophe deviennent un evenment pour les haitien , un An zero , un commencement ..

    terrible terrible , j en revient toujours pas .. autant de mort en si peu de temps , toute ses famillé brisé .. mon dieu .. j ose meme pas regarder les télé je veux pas voir les image ..

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  4. @ CB,

    Vous dites :
    "il eut été préférable qu'Haitï et ses rêves de prospérité, de grandeur, de liberté proclamé à la face des mondes, n'ait jamais existé. Non jamais. Que faire de sa liberté avec moins d'un dollar par jour ? Attendre Godot ? "

    Ce sont des paroles terribles que vous prononcez dans le mépris total de l'histoire de ce pays, de la condition des esclaves, de la lutte de libération, initié par Bookman, structuré par Louverture, achevé par Dessalines.

    C'est faire fi de l'embargo imposé aux premières de l'indépendance non seulement par la France et les Etats-Unis, mais également avec les états d'Amérique du sud, pendant près d'un siècle.

    C'est faire fi du fait que la terre des esclaves révoltés ne pouvaient pas fautes de débouchés économiques réussir, car la symbolique de l'accomplissement d'Haïti serait un camouflet pour la politique coloniale et impérialiste de l'Occident au siècle dernier.

    Ils ont dit non à l'esclavage. Non aux invasions françaises, américaines. Mais ces dernières abnnées l'occupation a pris une tournée plus sournoise par le biais des forces onusiennes.

    L'haïtien est un homme grand même s'il doit manger de la terre.

    Malgré sa misère, il sait qui il est.

    Il est cohérent.

    Nos frères martiniquais ont dit oui à plus de 60% à la dernière consultation parce que comme de nombreux états africains, la perfusion française vaut bien que l'on avale son orgueil.

    Oui la liberté, la vraie est douloureuse. Surtout quand on vous la fait payer sournoisement depuis des siècles. Mais vous ne pouvez pas le comprendre. Mieux vaut vendre son âme au diable, et vivre n'est-ce-pas?

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  5. La notion de malediction étant elle-même très discutable, tout comme celle d'election divine, il va de soi qu'on ne peut raisonnablement l'appliquer à aucun peuple. Maintenant que le sort et les hommes s'archarnent sur Haïti avec une certaine constance ça pose necessairement la question du pourquoi. Vous avez vous-même donné quelques pistes pour comprendre la situation haïtienne. Espérons cependant que cette énième épreuve soit l'occasion d'un sursaut pour que Haïti rompe avec ses démons. L'instabilité chronique, la faiblesse des institutions, l'éducation des masses (les scènes de pillages rapportés et les coups de feu rapportés, même isolées montrent quand même que Haïti est malade de certains de ses enfants), la violence...tout cela n'a rien à voir avec le fatum. Au delà de tout cela et pour les raisons que vous avez évoquées dans l'article, le peuple haïtien reste merveilleusement beau et sortira grandi de cette douleur...J'en suis convaincu. Au diable la malediction!

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  6. La privatisation de l'extrême misère et de l'ingérence des peuples occasionnent-elles la démocratisation de la tragédie?
    Croire chose pareille serait difficile et soulèverait irrémédiablement la question de l'injustice face à la mort. Nos larmes doivent-elles être plus lourdes lorsque ces foudroyantes choses emportent les plus déshérités, les plus miséreux? Je n'ose le penser car une mort est une mort; qu'elle soit ressentie au nord ou au sud, elle reste tout du moins "mort".
    Ma peine pour le peuple Haïtien est ce soir sans commune mesure. Combien d'entre eux devinrent amas de poussière sous les terribles hurlements de cette terre? Je pense plus particulièrement à mes deux frères de quartier Julio et Nixon. Votre maman nous quitta, son sourire hante dès lors les recoins de ma raison, et sa disparition agrandit les couloirs de mon désespoir . La peine m'habite depuis, une seule question agresse mon esprit. Pourquoi eux? pourquoi Haïti?

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  7. Ce qui est maudit, ce n'est pas la terre, mais bien l'attitude de l'Homme vis à vis de son semblable...

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  8. Après que Haïti ait acheté son indépendance,deux siècles après nous constatons la différence du peuple qui occupe ce territoire. Aujourd'hui,je préfère me mettre à l'action en apportant ma contribution à la réussite de l'entreprise d'aide humanitaire internationale mise en place au lieu de me rassurer si ce peuple ou sa terre est maudite.
    Nous en débattrons après avoir sauvé des vies. Sachez que chaque peuple à sa part de folie qu'il ignore, celle-ci génère des gouvernances présupposées bonnes ou mauvaises... (Aymar de la Kimel)

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  9. Faut-il relever l'histoire de cette terre d'Haïti ou sa position géographique sur la planète terre pour avoir un peu de compassion à l'heure présente, urgente? Les gens meurent, il en meurent là-bas encore et encore, est-ce que chacun ne pourrait-il pas contribuer de quelque manière matérielle aux besoin de ce peuple meurtri de douleurs et de famine? Un morceau de pain, une cuillerée d'eau sauveront bien une vie; un morceau de tissu habillera bien de dénudés et quoi encore...tout ce que vous pouvez faire parvenir en Haïti pour montrer à ce peuple que vous les soutenez. De grâce, l'heure n'est pas à évoquer quelque malédiction que ce soit; il n'y a de malédiction nulle part, la terre a tremblé, elle tremblera encore un autre jour, apportant notre secours aux survivants du moment.
    De tout coeur je souhaite que la vie redémarre en Haïti sur ces plans: CONSCIENCE, ÉDUCATION, POLITIQUE, ÉCONOMIE, ART ET CULTURE.

    Amour et Paix.

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  10. Ce que je trouve assez choquant, c'est de voir les équipes françaises s'interesser uniquement à leur compatriotes, si on est Français ou Américain, c'est bon on embarque,mais les autres alors............
    l'Hotel Montana où y'a tous les riches est fouillé en priorité, la vie n'a pas la même valeur suivant sa nationalité?

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  11. http://www.culturessud.com/contenu.php?id=119

    YC

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  12. Honnêtement nous n'avons que très peu d'informations. Faire des commentaires me semblent assez hardus. Je ne voulais par mes propros insulter personne et certainement pas Haiti qui a écrit avec Toussaint Louverture, Petion, une belle page d'histoire. Mais enfin tous cela remonte à trés loin et je crois qu'il est temps de laisser ces faits à l'histoire. Du reste la révolution française n'était pas fondamentalement hostile à Haiti. Je ne nie pas les impérialismes haineux du 19éme et surtout pas les 150 millions de francs or réclamé par l'infâme Charles X, mais ça ne suffit pas à expliquer la faillite totale d'un état, 200 ans plus tard. On pourra tjs invoquer une haine de l'Occident, je remarque que les fameux voisins de la Caraibe n'ont pas fait grand chose non plus pour aider Haiti. Les stéréotypes évitent parfois tout retour sur soit. Ou est la police ? Ou est l'armée ? Qui coordonne les secours actuellement ? Et demain tout risque d'être plus grave encore certainement
    Puisse cette épreuve être vraiment la dernière. Haiti doit rejoindre la communauté des hommes délivrés des chaînes de l'esclavage et des dictatures
    La vraie liberté, c'est celle de manger à sa faim dans la dignité. C'est aussi celle de se prendre en main, en banissant les archaismes anciens. Les aristide et les Duvallier, sponsorisé par les USA, j'en conviens

    bien cordialement


    cb

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  13. Cette théorie médiatique et religieuse de la malédiction d'Haïti est insupportable. Malédiction, donc responsabilité dans son propre malheur, faute commise, punition à laquelle il faudrait se résigner. Une fois qu'on a dit cela, il n'y a plus rien à faire : voilà donc une idée qui stérilise immédiatement la pensée, et qui est inacceptable. Elle alimente également la "naturalisation" de l'ensemble des malheurs qui touchent Haïti, qui se trouvent actuellement amalgamés dans une dénégation totale de son histoire. J'ai entendu : "Misère endémique", survie du pays depuis des décennies "grâce à l'aide internationale", "instabilité politique chronique", phénomènes climatiques... Tout est mis dans le même sac, pas la peine de chercher à analyser des déterminants forcément complexes, il est quand même plus simple de dire que c'est la faute de la malédiction.
    Les peuples maudits auxquels il n'arrive que des malheurs, on a déjà entendu cela quelque part à quelque époque... C'est horrifiant.

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  14. Si le peuple d´Haïti souffre aujourd´hui, c´est tout simplement qu´il n´a pas eu d´idéal sociohistorique encouragé par le monde dans lequel ce peuple s´était levé pour défendre sa liberté. Longtemps les haïtiens ont cru qu´on les accepterai comme ils sont. Erreur, le monde dans lequel ils vivaient était fondamentalement blanc et ligué contre la liberté de la race noire.
    Si à l´époque les élites haïtiennes avaient compris qu´elles se devaient se rapprocher des africains avec lesquels ils devraient intensifier les échanges culturels, ils ne seraient pas aujourd´hui assis entre deux feux identitaires à ce point qu´ils en sont devenus les jouets du capitalisme occidental blanc pour leur livrer cadres instruits...ou mendier à leur porte pour remonter leur fierté et leur complexe de supériorité.
    Toute cette histoire d´Haïti est assez pénible, parce que les haïtiens, quoi qu´ayant les intellectuels les plus anciens de la culture noire, ne font rien pour élever le niveau de vie des leurs. A croire que ce pays ne vit que pour enrichir le Canada et les USA ? Je suis économiste et je me suis penché sur Haïti en fond et en large...Mon Dieu ! Un désastre; ce pays est escroqué par ses propres enfants corrompus et dénaturés ! Et naturellement les banques et les société financières américaines et canadiennes. Une honte. Mais on doit aussi se demander: où étaient donc ces intellectuels haïtiens pour défendre les leurs, créer l´emploi et mieux organiser la société à épanouir et défendre ses intérêts et sa philosophie existentielle de liberté et de souveraineté nationale. Bien sûr après toutes les catastrophes on cherche toujours un bouc émissaire...tout de même, 205 ans d´indépendance et cette pauvreté économique et mentale infantile choquante ! Et je peux prévenir les endormis ou les aveugles que Haïti est construite sur deux plateaux tectoniques...il y aura donc de nouveaux tremblements de terre à l´avenir. Il faut donc construire en conséquence comme le fait San Francisco dont on attend prochainement le grand crash. Pour le reste, il faut cesser de se faire d´illusion et moderniser ce pays à tout prix, sinon la pauvreté va y prendre des proportions criminelles. On ne peut pas seulement vivre de vendre des fruits et des légumes à l´étranger ! Le monde a changé, Haïti doit suivre et ne pas se laisser enfermer dans un utilitarisme économique dépassé.

    Musengeshi Katata
    « Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu »
    Forum Réalisance

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