L’écrivain haïtien Louis-Philippe Dalembert (photo) vient de m’envoyer un courrier électronique depuis Port-au-Prince. On se souvient qu’il s'est blessé en sauvant la belle-sœur de son frère tandis que la ville tremblait et qu'on ignorait encore l'ampleur du désastre.
Il m’annonce que la situation est loin de celle qu’évoquent les medias :
« alain,
la situation est plus catastrophique encore que ce que vous voyez a la tele ou sur internet. mais la solidarite spontanee entre haitiens tient lieu d'organisation. j'ai eu des nouvelles des autres. dany est reste a l'hotel karibe avec la bande d'etonnants voyageurs. la maison de franketienne s'est ecroulee, selon son fils, mais il est encore plus vivant. on dort tous a la belle etoile, mais les nuits sont belles a port-au-prince.
kenbe fem,
lpd »
Louis-Philippe Dalembert vit en France et est arrivé dans son pays quelques jours avant le séisme afin de participer au festival Etonnants Voyageurs. Il devait se rendre le 17 janvier en Allemagne où on vient de lui attribuer une résidence d'écriture. Il est l'une des voix les plus importantes de la nouvelle génération d’écrivains d’Haïti. Auteur de plusieurs romans du magistral Roman de Cuba (éd. du Rocher), son œuvre , ancrée sur ses souvenirs d’enfance et de jeunesse dans une ville caribéenne imaginaire (Port-aux-Crasses) – notamment dans Le Songe d’une photo d’enfance (Ed. du Serpent à plumes » - s’ouvre au monde et scrute le quotidien européen – Rue du Faubourg Saint-Denis (éd. Du Rocher).
Grand admirateur de Borges et d'Alejo Carpentier, Dalembert est sans doute aussi l'auteur qui incarne le mieux dans son oeuvre les ramifications entre les territoires caribéens. En mettant en scène dans ses premières oeuvres de fiction les errances de la jeunesse à "Port-aux-Crasses" peut-etre avait-il voulu graver une photo qui aujourd'hui a été éraflée par les éléments de la nature. C'est plus que jamais le moment de rouvris ses premières fictions Le Songe d'une photod'enfance (Ed. Le Serpent à plumes) ou encore Le Crayon du bon Dieu n'a pas de gomme (Ed. Stock). Et pourquoi pas son recueil de poème au titre qui collerait à l'actualité : Et le Soleil se souvient...
Au fond, la plupart des titres de ses livres portent un accent prophétique. Au point que je me dis que devant une tragédie il faut lire de toute urgence les auteurs du pays endeuillé. Jugez donc cette "titrologie" : Les dieux voyagent la nuit (Ed. du Rocher), L'Ile du bout des rêves (Ed. Le Serpent à plumes), L'autre face de la mer (Ed. du Rocher)
Pour la petite histoire, dans mon roman Black Bazar (Seuil, 2009) il est le personnage "Louis-Philippe", mentor littéraire du Fessologue - le narrateur.
Photo : D.R

Merci pour ces nouvelles de Haïti, c'est un pays doublement cher à notre coeur, nos deux enfants y sont nés et quand nous sommes allés les chercher, il est resté ancré là où le coeur saigne.
RépondreSupprimerPetit à petit, de roman en roman, nous collectons de quoi leur faire découvrir leur pays quand ils en auront le désir, pour le moment ils sont encore petits.
Cher Alain, toutes mes pensées vont vers Dany Laferrière, Louis-Philippe Dalembert et ces dernières nouvelles de Frankétienne, j'espère que tu vas continuer via ce nouveau blog de nous montrer ce qui se trame dans ce pays en dehors du brassage des images et des intérêts politiques. Peut-être va-t-on enfin entendre les voix polyphoniques de cette catastrophe sortir des romans et écouter les haïtiens et leurs fantômes...
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RépondreSupprimerCher Alain,
RépondreSupprimerMerci pour ces nouvelles qui nous rappellent que le peuple haïtiens demeure debout. Te souviens-tu encore, dans les années 70 et 80, il y a eu un professeur de maths au Lycée de la Libération ou Savorgnan de Brazza qui a forgé le parcours de tant de jeunes congolais et autres: Monsieur GILBERT.
Dans cette douleur, c'est sa voix que j'entends résonner du firmament.
je ne suis pas sûr qu'il soit encore de ce monde mais par ou grâce à lui, j'ai découvert toute cette littérature des îles et la dictature des Duvaliers.
Ne disait-on pas que Monsieur GILBERT a été un des brefs présidents de Haïti ?
Haïti, Mon cœur, Haïti mon amour , je pleure avec toi!
Bel hommage que tu rends a l'œuvre d'un écrivain de talent. On ne peut que s'incliner devant la force, le talent et la beauté intérieure des progénitures de cette terre d'Haïti.
RépondreSupprimerAux lectures que tu suggères, j'ajouterais *Histoires d'amour impossibles...ou presque* (Ed. Le Rocher, 2007) ou se trouvent certaines des nouvelles que je préfère. Merci Alain d'offrir ce forum. Et Merci Haïti de nous avoir offert (et de continuer a nous offrir) tant d'artistes au talent dépassant toute mesure.
On pense bien a vous en Haïti, on est derrière vous, tenez bon.
Merci de tout cœur d'écrire ces mots si importants, sincères, juste avec amour, amitié et sincérité.
RépondreSupprimerMerci Louis-Philippe... Le site Poètes pour Haïti avance bien... Il pose le premier livre humanitaire online. Haïti nous pousse à être créatifs... Pourrions-nous avoir un texte dans le lot de poèmes solidaires ?
RépondreSupprimerMerci, Khal Torabully
khal.torabully@gmail.com
bonjour,
RépondreSupprimerje suis en train de lire le livre black bazar. je le trouve très intéressant, les scènes dans le bar le jip s sont inclassables. j'aime les différents personnages meme le malheureux voisins antillais.
J'ai adoré le petit clin d'oeil à mes deux écrivains haitiens préférés Mr Louis-philippe Dalembert et Dany Laferriere après Gary Victor.
j'ai hate de finir le livre mais je veux pas me séparer des personnages!!!!
Bravo
Merci à Patrick Mizidy pour le commentaire!
RépondreSupprimerPapa Gilbert Marcel:
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Rentré à Haïti, il aurait été canardé "comme un chien" -> info d'une haïtienne que j'ai rencontrée par hasard à Toulouse, enseignée à Haïti par papa Gilbert après qu'il y soit retourné en 1987, après son exil au Congo BZV (le monde est petit!). Eh oui, il aimait Haïti, le travail bien fait, la culture, ...
Elle voulait devenir gendarme, je trouvais çà drôle pour une femme :)lol ... il lui aurait fait apprécier la rigueur m'avait t'elle dit entre 2 gros sanglots (eh oui, il était strict, mais ses élèves on apprécié sa joie de transmettre, ...); j'ai fini par comprendre qu'on parlait bien du même papa Gilbert qui avait passé tellement d'années au Congo! C'était dur d'apprendre celà quand on sait comment loin de son pays il espérait, et continuait de mener sa bataille au delà des frontières (écriture, etc.)
Une partie de sa famille vit toujours à Brazzaville, sa femme chaleureuse et discrète vit à Haïti.
Paix à l'âme de notre papa Gilbert...
Papa Gilbert avait cette force de caractère qu'on doit reconnaître à ses compatriotes: Haïti se relèvera donc certainement! Tiembé rèd pa moli, tiembé fem!
Ancienne élève de papa Gilbert, électronicienne, j'enseigne les mathématiques car je me rends compte que papa Gilbert m'a entraînée dans son délire d'amour des mathématiques en 2 ans(BZV) ... et de la philosophie (c'était un philosophe devenu professeur de mathématiques)!
PS:
A mon arrivée en France, papi Paul, d'origine haïtienne aussi, a pris la relève de m'enseigner les mathématiques, par pur hasard en 1985 alors que j'apprenais l'électronique; c'était un excellent professeur de la même génération que papa Gilbert, bien apprécié par ses élèves et ses collègues! Je dois avouer que j'ai eu de la chance ...
Haïti je t'aime, et j'apprécie tellement ta musique ;)