Je viens enfin d'achever la lecture de tes Vertus immorales et, une fois de plus, j'ai été subjugué parce cette écriture que j'avais appréciée depuis Le ciel sans détours. Il est réjouissant de remarquer cette constance dans ton écriture, ce pouvoir de persuasion qui est avant tout ce que tout écrivain recherche.
Ton roman se déroule dans le XVIe siècle, mais derrière cette odyssée rétrospective c'est en réalité notre condition humaine qui est en jeu. Ton narrateur, Moumen – un vieil homme qui revisite sa vie, ses aventures, son « rêve » d'Amérique – est notre contemporain, et jamais ce siècle ne m’avait paru aussi proche.
Du déchirement familial – le premier cercle de la société – nous en arrivons à une vision plus éclatée du monde car tout part de notre passé. Les pages sur « l'initiation » du narrateur par les maîtres (bons ou mauvais, peu importe) sont d'une hauteur philosophique extraordinaire, j’allais dire d’une sagesse intemporelle. Tu as su lier la sobriété et la force de l'écriture à l'exigence d'une composition très ingénieuse où la connaissance de l'histoire se mêle à l'expérience des questions contemporaines. Et, du coup, nous sommes tous nés dans cette ville marocaine, Salé. Nous regardons la mer. Nous scrutons les voiliers et autres navires, mais aussi l’envol des albatros, si je puis me permettre cette image baudelairienne car c’est aussi un roman qui laisse planer tes goûts poétiques. A te lire le lecteur a cette soif du savoir qui habitait Moumen dont l'appétit s'accroissait avec la découverte des grands livres, des pérégrinations de Marco Polo. L’intelligence de l’écrivain c’est aussi de savoir dire merci à ceux qui lui ont tendu la main. La fraternité littéraire est sans doute la quintessence de cet ouvrage. Et en ces temps c’est plus qu’une respiration : c’est un souffle ininterrompu.
En somme ton roman ne pouvait avoir que ce ton qui m'a ému : une prose implacable et épurée où chaque mot fait résonner à la fois l'honneur et la grandeur, mais aussi les hypocrisies, les jalousies, la soif du pouvoir, les basses entreprises de ceux qui agissent dans l'ombre et espèrent ainsi détourner la lumière du Soleil. Et ce sont désormais ces ingrédients que concoctent nos contemporains, hélas. Merci donc pour ce mon moment de plaisir de lecture, et j’espère que beaucoup d’autres lecteurs apprécieront ce grand cadeau…
-------------------
Kebir M Ammi, Les vertus immorales, Ed. Gallimard, 2009, 212p., 17, 50euros
Première phrase du roman :
Je suis né sous le signe du chaos et des grandes batailles, à Salé, sur la côte atlantique, dans une famille que le sort avant de se dédire, avait d'abord choisi de privilégier, lui prodiguant le nécessaire et le superflu.

Kebir Ammi sait vous faire decouvrir de grands destins comme celui d'Abd El Kader esthète non guerrier. Je file me procurer ces Vertus... Merci de signaler cet auteur exigeant.
RépondreSupprimerJulie Z.
Très heureuse de constater que Kebir Ammi est connu et reconnu, car il le mérite. Auteur exigeant bien sûr mais aussi grand poète, homme de culture, de toutes les cultures, c'est un bonheur de le lire. Quelque soit le livre choisi, roman ou essai, vous ne serez pas déçu. ML
RépondreSupprimer