lundi 1 février 2010

Obama victime du racisme de la classe politique américaine ?


En 1903, dans son Souls of Black Folk,  l'Afro-américain W. E. B. Du Bois écrivait : « Le problème du XXe siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs – de la relation entre des races d’hommes plus sombres et des races d’hommes plus claires, en Asie, en Afrique, en Amérique et sur les îles océaniques. » Il nous faudra désormais rajouter à cette affirmation que la question  de "la ligne de partage des couleurs" se poursuit jusqu'à ce XXIè siècle, et l'exemple vient du sommet de l'Etat américain, la première puissance mondiale...

Les déboires politiques actuels du président Barack Obama font couler beaucoup d’encre. Quelles sont les explications de ce changement d’humeur de l’opinion américaine sur cet homme jadis perçu comme "providentiel" ? Dans les colonnes du Monde  daté du mardi 2 février Randall Kennedy (photo, ci-dessus) -  professeur de doit à Harvard (Etats-Unis), avocat à la Cour Suprême -  n’hésite pas à affirmer que la situation inconfortable de Barack Obama est une affaire de "race" car, quoi qu’il en soit ,« la question raciale imprègne le moindre aspect de la vie américaine ». Il explique que « certains Blancs ne reconnaissent pas la légitimité d’un Noir à la tête des Etats-Unis ».  Obama n’ayant rassemblé que 43% de votes des Blancs, il aurait raté cette élection « si les Blancs avaient été les seuls à voter. John McCain serait le président des Etats-Unis ».  


Randall Kennedy pense donc que la droite américaine agite les préjugés raciaux pour alimenter un sentiment anti-Obama. La preuve ? Certains dessins humoristiques qui montrent le président américain sous les traits d’un singe « avec des légendes qui affirment qu’il n’est pas américain, autrement dit pas blanc, et disent : ‘’Retourne en Afrique’’ ». 
Cet acharnement a pour but de retourner l’opinion publique américaine, de présenter Obama comme un anti-blanc et un président qui privilégie les Noirs. D’autres exemples sont fournis par ce juriste très respecté et reconnu comme l’un des spécialistes de la question raciale aux Etats-Unis. Par exemple, ce député – Joe Wilson (photo, droite)– qui interrompit Obama et lui lança en pleine session : « Vous mentez ! ». Randall Kennedy se demande si une telle situation « choquante » se serait passée en face d’un président blanc. Même les Républicains ont demandé à leur député de formuler des excuses ! Conclusion de Randall : « Ma conviction est qu’il avait exprimé sa conception du privilège des Blancs et son mécontentement d’être remis en cause ».


Voilà donc un président qui se trouve confronté à l’épineuse question toujours d’actualité dans un pays de strates communautaires. Il ne peut frontalement aborder ce sujet au risque de payer fort sur le plan politique. De ce fait son silence pourrait inquiéter ou mécontenter les Noirs tandis que sa prise de position horripilerait les Blancs. Peut-être parce qu’il a été élu pour faire l’équilibre. Mais en politique toute entreprise d'équilibrisme entraîne son lot de grognements. Certains Noirs de Washington ont d’ailleurs manifesté contre « un pouvoir blanc dans un visage noir ». Frantz Fanon n’est pas loin, diraient certains. Et c’est sans doute ainsi que l’Amérique est grande et puissante. Avec toutes ses faiblesses, bien entendu…    
Photo : Randall Kennedy ( Brown University News) / Photo Joe Wilson : DR

8 commentaires:

  1. Bonjour Alain, après avoir lu "l'audace d'esperer" du Président Obama, je doute fort que ce dernier puisse se laisser intimider par un groupe de racistes.
    Obama connait les USA plus que quiconque,il a une maitrise infaillible des maux de cette Nation.

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  2. apres lecture de l'article relayé par le monde de
    Randall Kennedy on apercoit un vide, le racisme ne
    peut etre la cause majeur des deboirs d'Obama. Si ses
    divers plans tels que la santé ne passent pas c'est
    une affaire qui datent depuis les presidents blancs.
    Par contre les republicains utilisent sa peau pour
    attiser le racisme chez ceux qui n'ont jamais supporter
    l'homme. sa baisse de popularité n'est due qu'au faite
    qu'Obama tarde à passer dans la concretisation des
    reves.

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  3. fabienne rein boissiere1 févr. 2010 23:02:00

    tout cela n'est pas aussi simple... a t il été élu pour sa couleur de peau? pour ses compétences? pour ma part, je pense pour les compétences, la couleur étant un atout et un plus dans l'Amérique d'aujourd'hui.
    Il va réussir, il lui faut un peu de temps et je pense qu'il a le 'cul entre deux chaises" comme on dit ici!
    Sa situation n'est pas si confortable que cela, les gens veulent tout et tout de suite mais ainsi ne se fait pas le monde...
    Je ne pense pas que sa couleur doit pour autant en faire le président des noirs-américains exclusivement. Elle peut lui rendre la tâche plus facile ou plus difficile c'est selon...Il a reçu le suffrage de nombreux blancs du monde entier et il se doit d'être le président de tous les américains, peu importe leurs couleurs. La situation du pays était désastreuse, il faut du temps pour remonter tout cela surtout au vu de la conjoncture actuelle mondiale
    Le président est le chef de l'état certes, mais est il seul a gouverner le pays, a prendre les décisions? non
    Attendons un peu...attendons et espérons

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  4. Et moi qui pensais que les Américains Blancs avaient voté la partie blanche d'Obama, juste pour se rassurer psychologiquement...:-) Mais plus sérieusement, tel qu'on voit se dérouler le jeu politique de nos jours, et les réactions de la population -légitimes par ailleurs- on ne peut ne pas adhérer à l'analyse de Randall Kennedy (étonnant d'ailleurs que pour un noir, son Kennedy ne s'écrive pas Cannady...pour faire la différence entre les descendants d'esclave et les WASP...Anyway!) La question raciale aux USA n'en finit pas de nous dévoiler une société des paradoxes, qui sait se jouer de ses antinomies...Mais il reste aussi qu'Obama, pendant longtemps, est trop resté en retrait, il a trop fait confiance à son aura. Or la politique, si elle est aussi une question d'aura, elle n'est pas qu'une question d'aura, mais d'intérêts lobbyistes ou non à satisfaire. Faut savoir choisir son camp et agir en conséquence, avec autorité, surtout quand on a la légitimité pour soi. Ce qu'il semble avoir pris en considération ces derniers jours...I wish he regains his mojo and going on receiving kudos!!!

    cg

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  5. Bien ! Regardons également ce qui se passe en France, pays ds lumières, le constat est terrible. Suivant sa couleur de peau, on juge, présuppose et rejette. Evidement, selon que vous soyez puissant ou misérable, dans les beaux quartiers de Paris où dans les banlieues périphériques..... les jugements de cour seront adaptés.
    Balayons devant nous et après nous pourrons juger les comportements des autres. A noter cette propension des états pays arabes qui à cet égard font preuve d'un beau cynisme.

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  6. C'est désolant de voir que ceux qui se disent civilisés, tolérants ne reussissent depuis fort longtemp à enterrer le racisme.
    Mr l'écrivain, je vous ai suivi lors de votre conférence tenue à la FLSH mais compte tenue du monde je n'ai pas pu vous poser mes quelques questions.
    D'abord, pourquoi l'érotisme est-elle quasi-abondante dans votre oeuvre?
    Bon nombre d'écrivains ont été influencés par leurs prédécésseurs. C'est le cas de Sony L T par Gabriel Garcia Marquez. Alors que peut- on dire à propos de vous?
    Vous faites beaucoup reférence dans vos oeuvres aux faits bibliques, que pensez vous du Christianisme?

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  7. Il y eut d'abord l'élection primaire de Barack Obama, comme candidat du parti démocrate.
    Puis l'élection à la Présidence, réussite impossible sans le vote des Blancs, qui
    représentent toujours la majorité aux USA. Il y aura toujours des racistes, aux USA et ailleurs,
    il semble qu'aux USA, ils ne représentent pas ou plus la majorité.
    Je crois aussi que c'était un vote anti Parti Républicain.
    L'élection de Barack Obama, est la suite de tas d'événements dans la société Américaine,
    si William E.B. Du Bois peut faire partie de ces événements, je préfère m'en référer au travail
    de Booker T. Washington (Autobiographie:"Up from Slavery"), qui vécut de 1856 à 1915. Il consacra sa vie
    à l'éducation des anciens fils et filles d'esclaves.

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  8. @ Alba (Anonyme si on veut): Vous écrivez, je vous cite
    "Bon nombre d'écrivains ont été influencés par leurs prédécesseurs."
    Connaissez vous beaucoup d'écrivains non influencés par leurs ainés?
    Même le désir de faire autrement est une manière de se faire influencer.
    Il faut lire les écrits de Mark Rothko, qui font la synthèse (de l'Histoire) de la peinture qui
    l'a précédé, pour comprendre que tout Artiste, ne fait que continuer ce qui fut fait
    avant, surtout peut-être s'il chambarde tout.
    Quant à l'érotisme, imagineriez vous un écrivain qui n'en ferait pas un thème?
    Ne pas en parler, ne jamais écrire sur l'érotisme, n'est-ce pas aussi une façon d'en parler?

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