Depuis quelques années je ne cesse de signaler la singularité de l’écriture de Pia Petersen, écrivaine d’origine danoise qui écrit en français. Plusieurs de ses livres ont été publiés, dont Une fenêtre au hasard et Iouri aux Editions Actes Sud. Son écriture serrée et nerveuse réhabilite le roman psychologique. Pia Petersen a su éviter les écueils du roman nombriliste. Même en se lançant dans une autofiction, elle sait s’ouvrir au monde, déplacer la géographie du récit et planter les décors d’un univers où l’Autre est plus que présent. C’est le cas de son dernier roman qui vient de sortir, Une livre de chair (Actes Sud). Roman de la « déchéance », de la grandeur et de la décadence du Français Romain qui, au crépuscule de sa chute, revoit ses instants de gloire, ses errances dans les villes américaines (New York, Los Angeles…), les paillettes, les rencontres féminines, l'aisance que procurait l'argent... C’est d’ailleurs à New York, quelques années plus tard, autour d’une partie de poker, que se retrouvent Romain et sa « bande ». Tous les personnages ont en commun les fêlures de l’existence. Ils savent ce qu’est la ruine et la "métaphysique de l'argent". Et s’ils ne le savent pas, ils ne sont pas loin de subir la lame de la crise économique. Romain, frappé d'une crise cardiaque dans un canapé, revisite les sentes de son existence et ne quitte pas des yeux sa bande qu'il scrute avec la patience d'un entomologiste. Le groupe est surpris par l’arrivée de trois gangsters. Une question de dette, de gros sous. Et dans ce milieu de la pègre on sait comment se règlent les conflits. Nous sommes dans un huis clos saisissant et glacé où le piège se referme sur les personnages entre fumée de cigarette et odeur d’alcool. L'écriture de Pia nous serre la gorge et l'estomac. Les mots deviennent des étincelles. Ils se répètent souvent, se heurtent sans cesse, donnent en permanence au lecteur le sentiment qu'à tout instant le monde va s'écrouler et que tout partira de ce canapé dans lequel Romain se tord de douleurs. Des images très cinématographiques…
Une partie de ce livre a été écrite chez moi, à Los Angeles. J’avais alors reçu Pia qui a résidé en Californie pendant une semaine. Nous visitions les villes californiennes : Venice, Beverly Hills, Hollywood, le centre de Los Angeles ou encore Malibu. J’ai invité Pia à assister à l’un de mes cours à l’Université de Californie-Los Angeles (UCLA). J’étais alors loin d’imaginer que mon ombre traverserait les pages d’Une livre de chair. Pia ne m’avait rien dit. Et j’ai découvert ces lignes :
« Une nuit, à Venice, il avait rencontré un écrivain français qui travaillait à l’université comme professeur de littératures francophones. Il s’appelait Alain Mabanckou. Il disait qu’un écrivain devait se pencher sur la mondialisation et il avait invité Romain à venir écouter l’un de ses cours. Romain le croisait souvent dans les boîtes de nuit de Venice. Alain portait toujours une casquette et des chaussures de luxe. Alain aussi aimait traîner la nuit, traverser la ville, rôder dans les bars et les boîtes. Il disait qu’il pistait sa matière de travail, des personnages qui émergeaient, des ambiances qui se détachaient et des bouts de dialogues parfois très imagés […] Il avait une tête de gangster, c’est ce que s’était dit Romain en le voyant, mais c’était un écrivain et ils discutaient littérature en buvant un verre. Romain l’avait invité à des soirées mais Alain avait refusé. Il pistait ses sujets, mais il aimait la solitude, c’était une grande gueule qui n’avait jamais peur d’aller sur le front et secouer les idées reçues mais il était aussi réservé et timide… »
Pia Petersen, Une livre de chair, éd. Actes Sud, Paris, 2010, 317p. 22 euros
Ecouter Pia en interview sur RFI : http://www.rfi.fr/contenu/20100201-1-pia-petersen
Quel hommage.
RépondreSupprimerA quand le prochain roman Alain?
Je cherche peut être loin mais si Pia à raison
serait-il possible qu'après Paris l'intrigue du nouveau
roman se situe à L.A?
Je l'écris depuis un an, je suis loin de finir, mais il ne se passe pas à Los Angeles...
RépondreSupprimerBien à vous,
A. Mabanckou
N'ai pas encore mis le nez dans cette livre : juste pour le plaisir d'y croiser l'auteur au visage gangster...?
RépondreSupprimerVous imagine plutôt soigneur gapette toujours vissée sur le chef attentif à chaque nouvelle action sur le ring. Tout est subjectif.
Nanpu
Quelle drôle d'impression cela doit faire, de lire tranquillement un livre et de se voir d'un coup transformé en un être de papier pour quelques lignes.
RépondreSupprimerAu plaisir de lire prochainement notre gangster... (c'est le couvre-chef qui vous trahit ^^)
Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur vos
RépondreSupprimercours à UCLA? Est-ce que certains d'entre eux sont en ligne?
Anne
Je serai ravie de venir découvrir ce livre le 5 mars à la foire de Bruxelles
RépondreSupprimeret d'y rencontrer Pia Petersen, comment Alain se promène dans un livre comme un Gangster timide?
Je vois que cette auteure a eu un parcours de vie vraiment étonnant, vivre quelques années au pays de Zorba le grec, c'est un odyssée peu commune !
Capucine Tsaganos
Mon cher Alain
RépondreSupprimerJe n'irais pas jusqu'à dire que j'ai le décodeur regard d'occidental.... Je vous sais Majestueux puis je me permettre de vous signaler que sur france culture il y a une emission qui s'appelle terre à terre si vous avez un peu de temps celle de ce samedi est magnifique de vérité l'auteur de ce petit bijou se nomme Francis Hallé il est la petite pièce supplémentaire à apporter à tout être intelligent et j'ai la certitude de ne pas insulter la votre en vous conseillant cette émission grand bien à vous Cher Alain Otikalamalamu de lille
Alain je prefere de loin ton premier site.ce lui ci est peu adapte. enfin! Dis moi, comment elle va CAROLINE! elle est charmante ta dulcine TULA YANDI KIVUMU. YA NKE NA LANDA GUE SAMOU NA MBONGO NVE. KOUNDIA NDAMBOU, KU MBOUMBE NDAMBOU.
RépondreSupprimerTarzan depuis Pointe Noire et les autres...
RépondreSupprimerhttp://bibliobs.nouvelobs.com/20100304/18106/leurs-heros-denfance