dimanche 11 avril 2010

Mohammed Aïssaoui salue l'esclave Furcy...



Il faut se souvenir que juridiquement, pendant l’esclavage, le nègre n’était qu’un bien, un meuble au même titre que la commode ou les chaussures. Tous ceux qui ont étudié le « droit des biens » savent que le propriétaire d’un meuble a le pouvoir d’en user, d’en disposer comme bon lui semble. Il a l’usus, l’abusus et le fructus (le droit de le fructifier). On sait aussi que l’esclavage a été aboli en 1794 mais rétabli quelques années après, en 1804, par Bonaparte. Pourtant il faut “se méfier” d’un esclave qui a appris à lire et à écrire, donc à raisonner, à décortiquer les termes de la loi du maître. C’est ce que fit le téméraire esclave Furcy. Il a trente et un ans en 1817, dans l'île de la Réunion (alors île Bourbon) lorsqu'il décide d'aller au tribunal d'instance de Saint-Denis. Il s’adresse à un procureur pour qu’on reconnaisse son statut d’affranchi qu’on lui déniait et qui, de jure l’aurait libéré de l’esclavage. Le procureur (Gilbert Boucher) prêta l’oreille à cette requête téméraire et la trouva fondée en droit. L’Affaire se retrouva alors à la Cour, défrayant la chronique. Un meuble qui osait revendiquer son droit ? Du jamais vu !

Le procès traîna pendant presque trois décennies. Le pauvre procureur laissa des plumes tandis que l’esclavage et son aspect économique furent remis en cause grâce à cette requête. Après son succès, l’esclave Furcy voit l’effondrement de l’esclavage. Un homme dont la dimension historique ne pouvait passer inaperçu. C’est sans doute cet humanisme et la nécessité de placer l’individu au cœur de l’Histoire qui ont poussé Mohammed Aïssaoui à rendre hommage à cet être d’exception.


L’auteur de « l’Affaire de l’esclave Furcy » est journaliste littéraire au Figaro. Utilisant son flair d’écrivain, il a su nous retracer les faits en évitant les écueils de la compilation trop souvent visibles dans les ouvrages de ce genre. Pour lui, tout a été déclenché le 16 mars 2005, lorsque les archives de "l'Affaire" avaient été mises aux enchères, à Paris, à l'hôtel Drouot. Le public découvrait des lettres manuscrites, des comptes-rendus d'audience, des plaidoiries...  Aïssaoui, qui était présent, ne s'est pas contenté de cette vente publique. Il a fouiné avec patience les dossiers de la BNF, les archives départementales de la Réunion, et son livre nous apparaît comme le roman de nos égarements et de notre aveuglement. Ici il y a la vie, la survie, la conviction que la liberté n’a pas de couleur. C’est finalement l’Histoire de notre humanité confisquée par une théorie d’échelles raciales. Un livre à lire de toute urgence en ces temps où on nous bourre les oreilles avec des théories extrêmes… 


A lire : Mohammed Aïssaoui , L'Affaire de l'esclave Furcy, Gallimard, 2010.

10 commentaires:

  1. otikalamalamu de lille12 avr. 2010 05:16:00

    encore un vrai bijou en effet
    bien sûr qu'elle n' a pas de couleur la liberté ni le courage d'ailleurs

    puisque vous nous parlez de ce Mohammed je me permets de vous en signaler un autre Mohammed Sifaoui je viens ce samedi d'écouter son débat dans l'émission Répliques (certes)
    je pense que la conjugaison de tous ces courages finiront par donner
    Bien à vous mon cher Alain

    RépondreSupprimer
  2. Justement, hier, j'ai feuilleté ce livre aux escales du livre à bordeaux et je me suis promise de le lire!

    RépondreSupprimer
  3. Nietzsche.junior12 avr. 2010 14:02:00

    tikalamalamu de lille a dit…

    "puisque vous nous parlez de ce Mohammed je me permets de vous en signaler un autre Mohammed Sifaoui "


    hhahaha !!! trop forte je suis .. me doutait !!! sifaoui ... toi tu doit aimer les fourest levy badinter and co ..

    j ai un 6eme sens .. je suis la femme araignée !!!

    RépondreSupprimer
  4. Nietzsche.junior12 avr. 2010 14:22:00

    "La légifération de la mukâtabah a réellement ouvert les portes de la libération des esclaves en Islam, puisqu’elle permet à l’esclave qui veut recouvrer sa liberté de s’affranchir, sans attendre que son maître le libère gratuitement à une occasion qui pourrait survenir, ou qui pourrait ne jamais survenir au fil des jours et des années." ..


    en islam par contre l esclave avait une ames ... il etait considerer comme humain , avec une valeur marchande , tout comme un ouvrier va vendre son corps pour fabriquer des piece ... l esclave est un butin ; pour l occident chretien il fait partit de la hiérarchie des etres ... d ailleur l auteur de ce livre aurait pu nous donner aussi les minute d un proces de sans papier expulsé

    mais ce procès de l esclave furcy montre bien a quel point la France chrétienne considérait l esclave comme un animal .. alors qu en islam l esclave et le maitre peuvent inverser les roles ...

    mais mabanckou se trompre il dit

    "Le procès traîna pendant presque trois décennies. Le pauvre procureur laissa des plumes tandis que l’esclavage et son aspect économique furent remis en cause grâce à cette requête. "

    c est pas grace a cette requete mais parcque le" colonialisme permit de faire de l indigene un esclave , au lieu d importer des esclave autant agrandir les frontière de la France ... et remplace le code de l esclave par le code de l indigene ... le colonialisme , cette oppression colonial pris officellement fin dans les annes 60 et pas a l epok de furcy tin de dieu !!!

    RépondreSupprimer
  5. otikalamalamu de lille12 avr. 2010 19:50:00

    c'est triste nj fermée et ne dépassant ce qui a du être un ou plusieurs traumatismes tu salis tout en fait
    reste correcte et capable d'entendre les autres tous ne veulent pas devenir tes gourous
    tu es devenue esclave de toi même
    faut le faire quand même
    la libération des esclaves en islam tu te moques de qui
    soumission
    je ne vais pas te faire le coup de la traduction primaire oups primitive enfin !!!!
    d'où vient la burqua et qui excise ('attention pas d'amalgame honteux avec l'islam) ce sont les hommes ou les femmes qui excisent les petites et pourquoi au moins le sais tu chérie

    ce livre est une pierre supplémentaire à ce qui peut justement aider les sans papiers les réfugiés ne soit pas comme cela aide nous au lieu de réver de phallus nucléaires avec tes anonymes

    RépondreSupprimer
  6. Parfois on se plonge dans le roman comme dans un film, ce livre d'Aïssaoui se lit comme un bondocumentaire. L'auteur suit les pas de Furcy et décrypte les archives tout en gardant un style fluide.
    Vous n'avez pas tort de conseiller cet essai riche à vocation universelle.

    RépondreSupprimer
  7. "Rimbaud, la photo retrouvée" Billet de M. Aïssaoui in Le Figaro Littéraire du jour.
    Bien à Vous.


    http://www.lefigaro.fr/livres/2010/04/14/03005-20100414ARTFIG00782-rimbaud-la-photo-retrouvee-.php

    RépondreSupprimer
  8. En tant que réunionnaise, suis très fière qu'on s'intéresse enfin à l'histoire de l'esclavage à La Réunion!!

    RépondreSupprimer
  9. superbe livre qui devrait fair partie des programmes de l'enseignement secondaire en France !

    RépondreSupprimer
  10. Pour information, deux liens sur Furcy et deux vidéos :
    le Prix du roman historique :

    http://papalagi.blog.lemonde.fr/2010/10/15/a-blois-le-prix-du-roman-historique-a-furcy/

    et "Furcy force le respect" :

    http://papalagi.blog.lemonde.fr/2010/10/07/furcy-force-le-respect/

    RépondreSupprimer