Plus de 700 livres seront publiés pendant cette rentrée littéraire. Parmi ceux que j'ai lus - et, croyez-moi, ceux qui prétendent avoir tout lu mentent - voici les sept fictions que je vous conseille, en espérant que vous serez aussi charmés que moi lors de la lecture de ces textes. Certaines d'entre eux sont des découvertes, d'autres proviennent des auteurs que "je guette" depuis un moment et qui, sans doute, ont fini par trouver leur place dans cette profusion de parution. Beigbeder l'a écrit à juste titre : la rentrée littéraire est une maladie française qu'il ne faut surtout pas soigner.
Bonne lecture !
Le roman se déroule pendant l’automne 1945 au moment où les Alliés occupent Berlin et territoire allemand. Tout démarre lorsque des militaires français tombent sur une ferme isolée et découvrent le corps calciné d’un homme et une adolescente qui vit à l’état de « sauvage ».
La singularité de ce roman est son glissement psychologique. La progression de l'enquête du capitaine français, astronome dans le civil , héros de Monte-Cassino, chargé d'administrer la zone occupée (un canton) et qui découvre avec effarement l'extermination des malades psychiatriques, va finir par aboutir à une approche calculée et cynique vis à vis des responsables du "traitement" des malades. Il poussera le psychiatre directeur de l'établissement à l'acte fatal. Ce livre est aussi une réflexion sur l'éclairage arbitraire selon que l'on est vainqueur ou vaincu, idéaliste ou idéologue, maître ou esclave. Un roman qui comblera tout cinéaste car, ici, Dugain tient presque un vrai scénario exceptionnel, avec des images de réalisation très abouties...
2. Virginie Despentes, Apocalypse Bébé, Ed. Grasset
Dans ce roman décapant, le lecteur prends vite ses marques et se lance, lui aussi, de Paris à Barcelone, derrière les deux héroïnes qui sont à la recherche de la jeune Valentine. Un univers majestueux dans lequel le « trash » n’est pas forcement là où on l’attend, d’autant que les deux détectives privées à la recherche de la gamine ne sont pas des saintes…
3. Olivier Adam, Le Cœur régulier, Ed. de L'Olivier
Voici Olivier Adam qui fonce vers le Japon. Qui a dit que la littérature française était insulaire ? Adam est une grande exception : il habite en face de la mer, à Saint-Malo, l’appel du voyage est donc incessant. Ce voyage ne lui fait pas pour autant perdre ce qui a fait le succès et l’originalité de ses livres : la déconstruction de la disparition et l’échappée. Ce qu’illustre ici Sarah qui part pour le Japon pour chercher à comprendre la mort de son frère Nathan. Là certains auraient plongé dans l’exotisme et la mièvrerie, Adam a convoqué la force d’une langue poétique par ces
temps si rares…
4. Yahia Belaskri, Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut, Ed. Vents d’ailleurs (à paraître le 23 septembre).
Le bus dans la ville, le premier roman de Yahia Belaskri m’avait laissé pressentir qu’il nous préparait une autre introspection de la société algérienne et qu’il placerait au cœur de son récit l’énergie féminine – un aspect plus que sensible en Afrique où la condition fémine est plus qu’à déplorer.
Dans Si tu cherches pluie elle vient d’en haut, Belaskri raconte le destin d’une jeune universitaire en proie au mur familial, mais aussi aux maux et « aux mots » qui gangrènent l’Algérie contemporaine : violence, corruption, extrémisme religieux. Faut-il résister, rester sur place ou prendre le chemin de l’ailleurs ? Ce destin de femme ne pouvait être esquissé sans mettre en exergue l’amertume d’un autre être confronté « au système » : Adel, un homme qui, de près ou de loin est liée à notre universitaire…
5. Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Actes Sud.
En 1506, le sultan Bajazet souhaite que Michel Ange conçoive un pont sur la Corne d’Or, un projet initialement prévu pour Léonard de Vinci. Enard imagine alors Michel-Ange acceptant cette entreprise car celui-ci, outre le besoin d’argent, a en tête l’idée de surpasser le génie de Vinci. Quel sens donner à cette réalisation que fera Michel-Ange ? Mathias Enard se positionne de plus en plus comme l’un des écrivains les plus érudits du paysage littéraire français. Avec ce livre c’est encore une magnifique « perfection du tir ».
6. Rodney Saint-Eloi, Haïti, Kenbe la, mon pays éventré en 35 secondes et tout à reconstruire, Michel Lafon (à paraître le 9 septembre)
Voici le regard d’un des « séquestrés » du séisme qui a frappé Haïti l’année dernière. Un récit que l’auteur qualifie de « témoignage-récit polyphonique ». Car dans ce livre ce n’est pas seulement la voix de l’auteur qu’on entend. C’est la voix des Haïtiens et, à certains égards, il n’est pas faut d’affirmer que c’est le peuple qui a écrit ce livre dans lequel défile toute la géographie de la première République noire. Rodney Saint-Eloi – qui est poète et éditeur à Montréal – montre que la pitié et la commisération ne sont pas des mots ancrés dans le vocabulaire des Haïtiens. C’est un peuple debout et qui tient à le rester. Un livre émouvant et qui contre les forces de l’oubli…
7. Stéphanie Hochet, La distribution des lumières, Ed. Flammarion
Stéphanie Hochet – que je guette ces dernières années – nous revient en pleine forme dans ce récit très polyphonique et qui met en scène une adolescence de personnages presque échappés de L’Attrape-cœur de Salinger. Dans un monde d’abandon il faut vivre avec les moyens qu’on a, et s’aider les uns les autres. Un roman traversé par un engagement qui ne fera peut-être pas sourire Berlusconi. Cette écriture très aboutie nous ferait même oublier que « les meilleurs crimes sont ceux qui exploitent les principales lois de la physique »…








