jeudi 24 février 2011

AINSI VA LE MONDE (8) : Beyoncé plus noire que jamais !


Plus exotique et authentique que moi tu meurs !
Il est délicat de jouer avec la couleur de la peau, surtout lorsque les Américains s’emparent de la question et spéculent à longueur de journée. Mais que s’est-il donc passé pour qu’on en arrive à un sentiment de provocation outre-Atlantique, dans un débat qu’on aurait volontiers laissé à la France où s’est passé « l’objet du délit » ? Il reste que les chroniqueurs de mode ici sont en émoi  depuis que Beyoncé a posé dans le magazine français L’Officiel. En effet, pour son 90ème anniversaire L'Officiel  se vante de "s’offrir" Beyoncé. On aurait eu toutes les raisons du monde - et aussi du ghetto - de se réjouir devant un tel honneur, d’autant que la photographiée en "vraie négresse" rend aussi, dans les pages de cet organe, un vibrant hommage au grand musicien nigérian Fela auquel Jay-Z consacre également un hommage musical. 
Mais il y a un hic qui tourmente les Américains connus pour leur manière de ne jamais céder sur le plan de la couleur. Pour eux ce n'est pas une question dermique ou épidermique, c'est une question historique. On en parle toujours avec de bons sentiments quitte à penser le contraire lorsque tombe la nuit. C'est donc de bonne guerre qu'ils n’apprécient pas trop qu’on ait choisi de « noircir » la femme de Jay-Z. Pour beaucoup il s’agit d’un exotisme criard, d’un retour en arrière entamé depuis quelques années par certains magazines dont Vogue – dans ses versions française et italienne. L’Europe aurait-elle une sorte d'élan soudain de repentance – pour reprendre la formule de Pascale Bruckner ?


L'Américaine Dodai Stewart 
Beyoncé est certes une femme noire, mais pourquoi la noircir surabondamment puisqu'il y a plusieurs "couleurs noires" ? On voulait bien la rattacher à l'Afrique, à une certaine idée qu'on se fait de ce continent. Ah bon, plus on est noir (comme le personnage du roman de Daniel BiyaoulaL'impasse, Ed. Présence Africaine 1997), plus on est Africain ? Diable !  La noirceur aurait-elle alors des paliers ? Qui de George Foreman (plus sombre) et de Mohammed Ali (plus clair) serait le plus africain ? 
Et certaines voix  comme celle de Dodai Stewart – rédactrice en chef du célèbre magazine en ligne Jezebel.com – d’ironiser et de se demander :
C’est amusant de jouer avec la mode et le maquillage, et d'ailleurs l'histoire de la mode est marquée par la provocation et l'anéantissement des frontières. Mais lorsqu’on peint ainsi son visage dans le dessein de paraître plus africaine, ne réduit-on pas à une couleur – très foncée – tout un continent constitué de différentes nations, riche de ses cultures, de ses multiples tribus et de son histoire ? »


Y a un problème avec mes raphias, hein ???
Pendant ce temps une autre  observatrice de mode américaine, Kristin Wong dans le Hollyscoop souligne, polémique :  « Le problème c’est que si Beyoncé avait posé sans maquillage tout le monde aurait rétorqué qu’elle est trop blanche » (pour incarner l’Afrique). Et, dans un accent ironique, Wong s'interroge pourquoi Beyoncé n’avait pas tout simplement demandé au magazine français de prendre des images de son derrière ? Ah, on avait oublié cet aspect. Et pour cause, la vérité se cache souvent derrière. Où est donc l'Afrique ? Attendez que je me retourne, vous la verrez dans toute sa splendeur, et avec ses formes ! 
Kristin Wong plaisantait-elle vraiment ? Je ne crois pas, on ne plaisante pas avec cette question en Amérique. Sacrée Wong ! En tout cas c’est ce qu’on appelle jeter de l’huile sur le feu. Désormais la pauvre Beyoncé sait que c’est ainsi que va le monde, et nous avec. 

1 commentaires:

  1. On dirait qu'il n'existe pas une esthétique africaine -ou un esthétisme-, qui ne soit apaisé; qui ne soit pas coincé dans une aporie : celle de la mélanine. Nous avons un sérieux problème avec.

    Et les editorialistes depuis de 2 ou 3 ans l'ont bien compris et jouent sur notre double perception de nous même, nous africains.

    Partagé(e)s entre le tribale et le moderne d'une part, et le trivial et l'idée de ce que nous pensons - croyons- être sophistiqué.


    Je trouve cet article très intéressant.

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