lundi 7 mars 2011

"Lu et approuvé", ma chronique mensuelle dans Jeune Afrique (2) : Sami Tchak ou le voyage au bout de la nuit africaine


Le journaliste français René Cherin savait-il qu’il allait entreprendre un « voyage au bout de la nuit » africaine ? Envoyé par un magazine pour un reportage sur le Sosso-Bala – balafon sacré de l’empire du Mali – le Français se retrouve d’abord à Conakry où il est reçu par Namane Kouyaté, ancien diplomate guinéen, descendant de la lignée des gardiens du Sosso-Bala. René fantasme sur la beauté de la très jeune femme du diplomate. Il confond le rêve et la réalité. Le balafon sacré, lui, est conservé à Niagassola, à la frontière entre la Guinée et le Mali. Lorsqu’enfin René et Félix, son photographe, guidés par Namane arrivent à Niagassola tout se complique. Namane, jusque-là accueillant n’est plus le même homme lorsqu’il est parmi les siens. «  Si vous voulez des informations, vous devrez les acheter parce que vous faites du commerce avec. C’est une matière première », lâche-t-il. 
Et puis, d’autres étranges personnages débarquent. Des « Noirs de France », avec à leur tête une certaine Binetou Fall. Un prince camerounais, Edmond VII, arrive en limousine avec sa princesse et offre dix mille euros aux autochtones. Tout ça pour le balafon ? Pas sûr. Les inimitiés éclatent. Les choses se passent mal, et elles se poursuivent jusqu’à Bamako où René recroise le prince et sa princesse au Mandé, hôtel de l’ancien footballeur malien Salif Keita. Binetou Fall n’est pas loin. L’omniscient et sage Namane Kouyaté pourtant resté à Niagassola réapparaît. A Bamako le prince est surnommé « Al Capone ». Il distribue à la volée des billets de cinq cents euros. Escroquerie, luxe, musique endiablée, alcool et autres dérives nous plongent dans un monde de l’apparat et de la fabrication des légendes urbaines mieux perçues que les légendes ancestrales. Namane est donc le dernier des Mohicans, le survivant de la caravane, le Fama des Soleils des Indépendances. Ce merveilleux « conte moderne » se termine par un défilé de personnages qui prennent la parole dans un récit jusque-là mené avec détachement par le Français entraîné dans le « cœur des ténèbres » de ces individus hauts en couleur. On est frappé par le foisonnement des paroles de sagesse, des proverbes qui soutiennent ici la poésie du fantastique et du fantasque. Grand roman de la maturité d’un auteur singulier, Al Capone le Malien est aussi une critique caustique de la littérature francophone contemporaine, et surtout un vibrant hommage aux écrivains Camara Laye, Chinua Achebe, Amadou Hampaté Ba, ou encore Ahmadou Kourouma. 
A. Mabanckou ( Chronique parue dans "Jeune Afrique" du 6 mars 2011)






3 commentaires:

  1. j'ai hâte de lire ce livre pour me faire mon opinion perso.
    vu la description,il semble que cela ressemble à un black mic-mac sur le continent africain.

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  2. C'est un très beau texte. On décroche difficilement de ce roman. Un retour en Afrique réussie par Sami Tchak.

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