![]() |
| Abdoulaye Wade, président du Sénégal |
A l’heure où la chute de Laurent Gbagbo devrait faire réfléchir les monarques africains accrochés au pouvoir, le président sénégalais – élu démocratiquement certes, mais qui s’active à installer sa descendance ou à s’accrocher au pouvoir – trouve le moyen de nous divertir en se répandant dans les colonnes du Figaro avec une posture de donneur de leçons, à défaut d’avoir acquis celle de sage d'Afrique comme, en son temps, Félix Houphouët-Boigny. Abdoulaye Wade estime en effet que la chute de Gbagbo est une décision des Africains alors que la très ridicule Union Africaine, comme nous le soulignions ici, avait montré son inefficacité, une inefficacité qu’il faudrait comprendre aujourd'hui par le fait que cette organisation, championne des discussions dilatoires et byzantines, compte dans ses rangs plusieurs dictateurs qui, par réflexe, songent à leur propre destin. En affirmant que la décision de la chute de l’ancien président ivoirien était une initiative des Africains, Wade a causé la mort de plusieurs de ses compatriotes qui vivent en Cote d’ivoire, à Treichville. Ainsi que le rappelle Jeune Afrique, le président du Sénégal n’en est pas à sa première déclaration qui signe l’acte de décès de ses compatriotes à l’étranger. Parfois il était contraint d’affréter un avion pour rapatrier à la hâte les siens, victimes par ricochet de ses déclarations de pompier pyromane.
Une de ses innombrables "sorties verbales" a retenu mon attention et a provoqué la publication de cette chronique. En 2001 Wade, dont les rapports devenaient de plus en plus orageux avec la Côte d'Ivoire avait constaté : « un Burkinabè souffre plus de racisme en Côte d'Ivoire qu'un Noir en Europe ». Ce qui est vrai et, en cela, l’homme fort du Sénégal n’avait fait que traduire une réalité. D’ailleurs j’irais même plus loin en évoquant les Noirs d’Algérie, du Maroc, de la Tunisie qualifiés de « hartani », littéralement « hommes libres de second rang » ou de « aâzi », que l’on pourrait traduire par « sale nègre ». J’irais encore plus loin en rappelant la situation des Haïtiens et des Dominicains qui sont malmenés et traités avec mépris en Martinique ou en Guadeloupe. J’irais toujours plus loin quant aux Congolais de Brazzaville qui ne ménagent pas toujours les Congolais de la RDC à tel point que « Zaïre », le nom ancien de la RDC, fut et demeure dans mon pays d’origine une insulte.
Le « racisme » entre Africains est larvé, pérenne. Il est certainement le prélude à d’autres types de conflits, cette fois interétatiques, que nous devons dès à présent traquer et éradiquer sans concessions. Entre les « gens de la forêt » et « les gens du désert », allez faire la comptabilité des préjugés et des propos racistes et vous rempliriez tout un carnet de trois cents pages qui laisseraient pantois les plus irréductibles des partisans de l’extrême droite. Chez les Sénégalais on ne ménage pas toujours l'Autre, allant jusqu'à le qualifier de « gnak » (mot qui signifie en wolof frontière, étranger, mais qu'on emploie dangereusement pour étranger ou sauvage).
Si Wade a raison en pointant du doigt ce racisme entre Africains - encore que le terme de race soit inapproprié en parlant des humains -, il devrait d’abord balayer chez lui, réduire cet élan qui nous fait croire que la xénophobie chez les autres est plus rude que celle qui se déroule dans notre case. Et la logique recommanderait d'ailleurs qu’avant de regarder la paille dans l’œil du voisin il vaudrait mieux déjà voir la poutre qui est dans son propre œil. Oui, c’est une logique simple. Simple parce que c’est ainsi que va le monde, et nous avec…
Le « racisme » entre Africains est larvé, pérenne. Il est certainement le prélude à d’autres types de conflits, cette fois interétatiques, que nous devons dès à présent traquer et éradiquer sans concessions. Entre les « gens de la forêt » et « les gens du désert », allez faire la comptabilité des préjugés et des propos racistes et vous rempliriez tout un carnet de trois cents pages qui laisseraient pantois les plus irréductibles des partisans de l’extrême droite. Chez les Sénégalais on ne ménage pas toujours l'Autre, allant jusqu'à le qualifier de « gnak » (mot qui signifie en wolof frontière, étranger, mais qu'on emploie dangereusement pour étranger ou sauvage).
Si Wade a raison en pointant du doigt ce racisme entre Africains - encore que le terme de race soit inapproprié en parlant des humains -, il devrait d’abord balayer chez lui, réduire cet élan qui nous fait croire que la xénophobie chez les autres est plus rude que celle qui se déroule dans notre case. Et la logique recommanderait d'ailleurs qu’avant de regarder la paille dans l’œil du voisin il vaudrait mieux déjà voir la poutre qui est dans son propre œil. Oui, c’est une logique simple. Simple parce que c’est ainsi que va le monde, et nous avec…

Très bon article ! Cela dit, cela existe sur tous les continents.
RépondreSupprimerEst-ce là un héritage de l'occident ? Ou préexistait-il avant que l'occident ne vienne ajouter sa propre dose d'apartheid, racisme, ségrégation ...?
RépondreSupprimerMerci beaucoup;Analyse très fine. Toutefois, vous avez oublié de mentionner que les sénégalais sont traités de "gorgui" ailleurs en Afrique...comme quoi...
RépondreSupprimerVous avez raison cher(e) ami(e), et la liste serait longue, très très longue !
RépondreSupprimerMes amitiés,
A
Le pire des « racismes » est celui qui existe entre maghrébins et subsahariens, surtout entre subsahariens. Cette xénophobie est institutionnalisée par le biais des cartes de séjour, les visas, le statut de non national dans les universités, les administrations et etc.
RépondreSupprimerC’est bien de supplier ou de faire chanter Sarko pour la régularisation des sans papiers en oubliant que des travailleurs africains sans papiers existent se trouvent sur le continent.
Le Sénégalais a certes des mots dans ses différentes langues pour désigner , se moquer de l'autre et de l 'étranger...Mais aucune nationalité africaine en peut se plaindre du comportement des sénégalais vis a vis d 'eux...Un étranger au Sénégal vis très bien et sans problème...les moqueries restent bon enfants...
RépondreSupprimer