mardi 3 mai 2011

Lu et approuvé (4) : Percival Everett et les turbulences américaines


Percival Everett, professeur de littérature et de création littéraire à l’Université du Sud de la Californie s’impose de plus en plus comme l’un des écrivains américains  les plus importants et les plus originaux. Dans Pas Sidney Poitier, nous ne sommes pas loin de cet univers d’Effacement (Actes Sud), chef-d’œuvre qui fit découvrir l’écrivain en France.
Ce nouveau roman nous présente un personnage au nom étrange, Pas Sidney, sorti du ventre de sa mère après vingt-quatre mois ! Dès ses premières rencontres avec le monde extérieur dans les quartiers noirs de Los Angeles il essuie brimades et moqueries sur ce nom de l’acteur noir américain Sidney Poitier, sans qu’il ne sache pourquoi. Plus tard, à la mort de Madame Poitier – qui avait investi dans l’entreprise Turner – Pas Sidney hérite d’une fortune colossale. Le patron de la société, Ted Turner – le magnat des medias américains –, recueille le jeune enfant noir qui devient Pou-ah dans l’une de ses résidences d’Atlanta. Pas Sidney vit au rythme des exercices d’aérobic de Jane Fonda, des conversations avec Turner, des cours particuliers donnés par une « sœur » noire plantureuse aux accents marxistes, des leçons d’arts martiaux pour se protéger des jeunes qui le frappent. Rat de bibliothèque, il découvre une science occulte proche de l’hypnose qui lui permettra de se dépêtrer des soucis à venir. 
Percival Everett
Pas Sidney Poitier décide cependant de fuir Atlanta pour regagner Los Angeles, armé d’un faux permis et d’une voiture. Nous voilà alors plongés dans une histoire digne des frères Cohen entre O’Brother et Big Lebowsky. A peine sorti d’Atlanta, il est arrêté par un policier blanc est enfermé en prison. Revenu à Atlanta, Pas Sidney Poitier entre à l’Université Noire en soudoyant une administratrice. Sa ressemblance avec l’acteur Sidney Poitier est de plus en plus flagrante. Dans cette fac il rencontre l’écrivain Percival Everett, l'auteur d’Effacement, professeur de « Philosophie du Non Sens » et qui lui trouve une ressemblance troublante avec… Harry Belafonte ! Le parcours de Pas Sidney continuera sur ce rythme effréné, ponctué de situations burlesques. Dans ce récit drôle et cruel Percival Everett retrace en réalité l’itinéraire d’un Noir américain qui porte sur ses épaules les turbulences de l’Amérique des années 70-80. On ne s’empêchera pas d’y voir l’œil incisif du Chester Himes de La Fin d’un Primitif et le parcours effronté de ce « pauvre » Lee Andersen de J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian. Un livre qu’on aura du mal à fermer...
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Pas Sidney Poitier, roman de Percival Everett, traduit de l'américain par Anne-Laure Tissut, Actes Sud, 2011, 298 pages, 22,50 euros
Cette note de lecture a été publiée le 1er mai dans l'hebdomadaire Jeune Afrique où je tiens une chronique littéraire mensuelle intitulée "Lu et Approuvé".

2 commentaires:

  1. Je n'ai pas lu ce nouveau roman d'Everett mais une amie m'a offert Effacement. La traduction effectuée par Anne-Laure Tissut est vraiment excellente.

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  2. Oui, chère, on oublie trop la traduction... On aime Marquez, et on ne sait pas que derrière "Cent ans de solitude" il y a Claude Durand et sa compagne :-)

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