dimanche 22 mai 2011

Que lire ? (1) : Trois livres à découvrir


On aimerait tant parler de tous les livres qu’on reçoit, mais parfois on est contraint, lorsqu'on écrit des chroniques aussi bien dans les journaux que dans cet espace, de ne mettre en valeur qu'un ou deux titres. Pour réparer cette injustice, voici  une nouvelle rubrique que j'ai sobrement intitulée "Que lire?" et qui reviendra sur certains livres que j'aurais reçus et qui mériteraient une exposition...

1. Je commencerais par l’essai d’Anthony Mangeon, « La pensée noire et l’Occident. De la bibliothèque coloniale à Barack Obama » (Ed. Sulliver, 2010, 304p). Un livre d’une intelligence inouïe, mettant face à face « L’Europe des Lumières » et « L’Afrique des ténèbres ». Les deux mondes ont eu et ont des rapports d'«opposition». Opposition dans la pensée. Opposition dans ce qu’il faudrait entendre par «civilisation». Anthony Mangeon nous invite à entrer dans la « bibliothèque coloniale », à découvrir la "bestialité" dans la littérature de cette époque, mais aussi les représentations qu’on se faisait de l’Afrique, des Africains. Les différents courants de pensée sont décortiqués, avec des intellectuels comme Théodule Ribot ou Lucien Levy-Bruhl et les différentes métamorphoses opérées par certains "révolutionnaires" comme Placide Tempels ou Marcel Griaule, entre autres. Oui, l’Afrique a une philosophie – même lorsqu’elle épouse l’afrocentrisme prôné par Cheikh Anta Diop. En somme, Mangeon nous propose un regard sur l’Autre, et en ces temps il n’est pas inutile de rappeler que le livre tombe à pic.

2. Laure Morali, Traversée de l’Amérique dans les yeux d’un papillon, roman, éd. Mémoires d’Encrier, 2010, 132p.
Quand on croise Laure Morali – Française habitant à Montréal – on est frappé par sa « fragilité » de créatrice. le talent peut effrayer l'écrivain, et c'est mieux ainsi. Il faut bien l’écouter car ses paroles sont le prolongement de cette prose ciselée qu’on retrouve dans ce roman qui place cette auteure sur les traces de Kerouac. Il est ici question d’errances, de voyages, de la géographie, de la mêlée des cultures. Une rencontre au hasard peut être le début d’une grande aventure car, comme il est dit dès l’entrée du roman « on change de peau chaque fois que quelqu’un nous raconte son histoire. On oublie d’où l’on vient…» Et les voyages de Morali vont du Québec au Nouveau Mexique, de la Guyane à l’Alaska, montrant qu’entre les cultures il n’y a pas de frontières. Et dans ces odyssées les êtres se deviennent nature : «  Mon grand père est plus qu’un paysage maintenant. Il est libre comme un poème qui part à tout vent, un carré d’herbe qui prend ses ailes. » Un moment de lecture agréable qui nous met dans un état de recueillement et de sagesse.

3. Bernard N’Kaloulou, La ronde des polygames, L’harmattan, Coll. Ecrire l’Afrique, 2010, 270p.
Ce premier roman de Bernard N’Kaloulou, conteur, sociologue et géographe n’est pas une étude sociologique de la polygamie. Il raconte le parcours de Kala qui part à la découverte du monde dans les années cinquante et soixante, donc avant les indépendances africaines. Les descriptions de la vie traditionnelle, des villages, des mœurs et des coutumes confirment le talent de conteur de N’Kaloulou. On est dans la maison du père de Kala. On s'interroge sur les déboires d’un ancien combattant – était-il réellement un héros de la Seconde Guerre mondiale ? On assiste à une version de Caïn et Abel lorsque survient un accident de chasse qui a tout l’air d’un fratricide. Le livre est émaillé d’anecdotes, de tranches de vie et d’un regard juste qu’il faudrait créditer à la formation de sociologue de l’auteur. Nous sommes ici entre les frasques d’Hampaté Ba dans L’Etrange destin de Wangrin et l’analyse caustique d' Eza Boto (Mongo Beti) dans Ville cruelle. Nous suivons avec attention les prochaines parutions de N’Kaloulou.

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