mercredi 1 juin 2011

AINSI VA LE MONDE (25): Et vos vacances à vous ?

Le journal de Québec demande à quelques écrivains ce qu’ils feront pendant l’été. Je dois me soumettre - y compris mon frère et complice Laferrière - à cette enquête dans le milieu des écrivains. Dur de donner une réponse. La plus banale serait de dire : « Je vais écrire ou finir un roman ». Mais avec les écrivains, c’est ça, ça montre qu'on travaille, et ils sont toujours en train d’écrire ou de finir un roman même si ce n’est pas le cas. Or un écrivain qui attend les vacances pour écrire devrait se poser des questions sur son travail. L’écriture est par essence inattendue, qu’on soit en vacances ou pas. Et parfois c’est lorsqu’on est débordé au cours de l'année que jaillissent les premières phrases d’un livre, et finalement l’ossature de ce qui sera le « prochain roman » que vous aurez entre les mains. Tenez, j’ai connu un ami qui clamait partout qu’il avait du talent et que c’était le temps qui lui manquait pour finir son premier roman.  Quand il a été viré de son travail il a eu tellement du temps qu'il n'a rien écrit. Et que dire de ceux qui attendent la retraite pour se lancer ?
Opposer la question du temps signifie, en clair, qu’on n’a rien à dire – et surtout à écrire. Les vacances servent à « faire le ménage », à dépoussiérer tout ce qui enraye la mécanique de la création. Pour écrire il vaut mieux ne pas se fixer une période, mais s’attendre à ce que ça arrive à tout instant. Je ne me rappelle pas avoir écrit un seul roman pendant les vacances. C'est souvent la période où l'éditeur m'envoie les épreuves d'un prochain ou alors la période où ledit éditeur me fait asseoir dans une salle austère afin de signer une pile de livres pour la presse. C'est ce que les écrivains que vous allez lire à la rentrée sont en train de faire. Parmi eux : Khadi Hane (Sénégal), Des fourmis dans la bouche, aux éditions Denoël et Carole Martinez (France), Du domaine des murmures, aux éditions Gallimard. Ces "deux femmes puissantes" attendent que vous lisiez leur nouveau roman dans deux mois exactement. Je parie ce jour que l'une d'entre elles sera parmi les vedettes de la rentrée littéraire 2011 et aura un destin  inoubliable. Je vous laisse trouver laquelle...


Pendant les vacances je pense plutôt à autre chose. A me divertir, même pas à lire – la lecture aussi obéit presque aux règles de l’écriture puisque le lecteur est un potentiel écrivain. Les vacances, c’est pour « vaquer ». Et d’ailleurs la définition du ce mot est claire : « Période plus ou moins longue pendant laquelle une personne cesse toute activité professionnelle pour se reposer, se détendre ». Comme si pendant l’année on ne se reposait pas, on ne se détendait pas. C’est plutôt une vision sociale, une manie imposée par ce monde dans lequel nous vivons et où le travail est perçu comme un fardeau – en particulier lorsqu’on n’aime pas ce qu’on fait. Mais si on aime ce qu’on fait les vacances peuvent paraître longues et sans intérêt. Triste paradoxe, non ? Hélas, c’est ainsi que va le monde, et nous avec.

14 commentaires:

  1. Ah, les vacances--ce serait bien d'en avoir! J'espère que tu passes un bon moment, où que tu ailles, quoi que tu fasses, avec ou sans un livre.

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  2. Yako! Je partage cette analyse et cette charge contre les écrivains qui n'écriront jamais :o). Au fait, cher Alain, tu ne nous dis pas quand aurons lieu tes vacances...

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  3. mes modestes moyens ne me permettent pas d'acheter les nouveautés. pendant mes vacances, j'achète plein de bouquins dans les librairies par terre et je m'en tape au moins deux par semaines. je choisis les plus volumineux et moins abimés, à moins de 1.000f l'unité. je n'ai aucun genre littéraire préféré. Félicitations Alain, tu fais la fierté des Africains en général et des Congolais en particulier.

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  4. Toujours égal à toi même.
    Au fait,pourrais - tu nous dire un mot de tes vacances?
    Tu as le bonjour de Maguy Marguérite de la S3A1. On a longuement parlé de nous, de tes différends avec BABELA, et de ces souvenirs au LKM au temps de PJM proviseur qui savait donner le goût de l'école à ces jeunes lycéens que nous étions.
    Bon vent à toi and take care to you.
    Friendly....

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  5. Oui, la création n'a que faire des vacances, ou plutôt... elle nous transporte dans une autre vacance !!!
    C'est bien des questions de journalistes, décidément, et si eux prenaient quelques vacances, histoire de revenir neuf, avec quelque sujet moins bateau en tête ? Tiens, vous avez dit "bateau", auriez-vous besoin de vacances, ou plus simplement de vancance ?

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  6. S3A1, comprenez Secondaire 3ème année, série A, 1ère classe. Autrement Terminale A 1

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  7. Si je n'ai pas écrit de roman, je peux prendre des vacances alors, frère Alain ? Je vais me faire engueuler, aïe, tant pis, j'ai des confitures dans mon placard et je fais des randonnées le weekend, j'ai la pêche mais pas de roman. Je félicite ces dames pour leur sortie.
    "En littérature, il n'y a que des boeufs. Les génies sont les plus gros, ceux qui peinent dix-huit heures par jour d'une manière infatigable. La gloire est un effort constant".
    Journal, 1887
    Citations de Jules Renard

    Oups, ce n'est pas très galant, le monde va changer paraît-il ...

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  8. Ah Gangoueus!!!
    Je suis épaté par votre mémoire. Là mon ami (e), ce fut le temps où l'école avait tout son sens. Hélas!!!!Munu na ba vacances mu ké kuenda na buala. Mu ké ku zua n'tangu ya ku tanga, "Demain j'aurai vingt ans" na zulu ya mua diyaka di nkatu na mua dikouala ya ku yuma. Marrant n'est - ce pas Alain?

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  9. Et toi alors,mon cher Mak', avec le souvenir de notre prof de lycée, Monsieur Babela ! Quelle scène d'anthologie !
    A+

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  10. Bonjour,

    A défaut d'écrire, j'immobilise le temps avec un magnétophone et un micro. Et ces vacances seront des vacances Malouines consacrées à bâtir un portrait sonore de la ville et à la recherche des traces du "conte d'été" de Rohmer.
    Je vous propose un extrait de "Allerzielen" (le jour des morts) de Cees Nooteboom que pourraient méditer nombre de ceux que la plume chatouille:

    " Jadis les vicissitudes des reines et des héros formaient le sujet de mythes, de tragédies.Il y avait un Œdipe pour le châtiment, une Médée pour la vengeance, une Antigone pour la résistance. Vous n'êtes plus des rois, ni des filles de rois. Et vos histoires sont des histoires de rien du tout, sauf pour vous-même.Épisodes, faits-divers, séries télévisées.Votre chagrin ne servira plus jamais à battre une monnaie qui ait cours pour les autres, pour l'éternité limitée dont vous disposez" fin de citation.
    Après un tel texte vous comprenez à quel point il est difficile d'écrire, en tous cas c'est un bon prétexte pour en justifier :-)
    Serez-vous de passage aux Etonnants voyageurs cette année?

    Amitiés

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  11. Cher Jacques,
    Merci pour ces mots... d'un "etonnant voyageur"...
    A+

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  12. MAK' Jourdain Albert6 juin 2011 09:22:00

    Très cher Alain, nous avons certes pris quelques années en plus, mais il va sans dire que l'homme avance dans le temps et dans l'espace avec son bagage dans lequel il essaie de ranger bons et mauvais souvenir ainsi que les épreuves de la vie qui ont forgé son être et son "moi".
    On ne pourrait pas oublier au détour d'une simple caprice intellectuelle les bons moments passés en classe avec notre cher prof de philo qu'était Monsieur NIMBOUNOU dit "NIMBLE" qui fut d'une modestie sans commune mesure, ou de ces pires moments que nous passions avec monsieur BABELA. Bon mais on peout dire que tout cela a permis de nous préparer pour mieux avancer dans la vie.
    Et oui Alain! Comme tu as bien su agencer ta formule, "c'est ainsi que va le Monde et nous mêmes avec", mais j'ose ajouter, "ainsi que nos souvenirs tout au long du cours de notre vie".

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  13. MAK' Albert Jourdain6 juin 2011 09:28:00

    MAK' Jourdain Albert a dit…
    De grâce "corrections" errare humanum est
    Très cher Alain, nous avons certes pris quelques années en plus, mais il va sans dire que l'homme avance dans le temps et dans l'espace avec son bagage dans lequel il essaie de ranger bons et mauvais souvenirs ainsi que les épreuves de la vie qui ont forgé son être et son "moi".
    On ne pourrait pas oublier au détour d'un simple caprice intellectuel les bons moments passés en classe avec notre cher prof de philo qu'était Monsieur NIMBOUNOU dit "NIMBLE" qui fut d'une modestie sans commune mesure, ou de ces pires moments que nous passions avec monsieur BABELA. Bon mais on peout dire que tout cela a permis de nous préparer pour mieux avancer dans la vie.
    Et oui Alain! Comme tu as bien su agencer ta formule, "c'est ainsi que va le Monde et nous mêmes avec", mais j'ose ajouter, "ainsi que nos souvenirs tout au long du cours de notre vie".

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