Pour avoir publié de la poésie à mes débuts, je sais ce que représente la « solitude » des poètes. On dit qu’ils se plaignent trop. On ajoute qu’ils en veulent à mort au roman, ce genre littéraire qui aurait pris toute la place, et que, de toute façon, on ne lit plus la poésie de nos jours comme au temps de la Négritude incarnée par Senghor, Césaire et Damas. Les poètes actuels seraient les derniers des Mohicans, des auteurs sans public et sans éditeurs. Triste tableau pour un genre qui a donné aux Lettres de grands noms, voire des Nobel de littérature !
La poésie existe, et c’est à nous d’aller à sa rencontre. Je vous propose une nouvelle voix, celle du Congolais Serge Eugène Ghoma Boubanga qui vient de faire paraître « Derniers silences », son premier recueil, après avoir reçu le Grand prix international Tchicaya U Tam’si. Politologue de formation, il est né à Pointe-Noire, en 1966. Tout laisse à penser qu’il ne fera pas de la poésie son violon d’Ingres mais une passion à « plein temps ». Son univers ne manquera pas de rajouter une nouvelle page à la poésie congolaise dont on connaît la renommée des auteurs tels que Tchicaya U’Tamsi, Jean-Baptiste Tati-Loutard, Maxime Ndebeka, Léopold Pindy Mamonsono, Alphonse Nzanga-Konga ou encore Marie-Léontine Tsibinda. Ghoma Boubanga rend d’ailleurs hommage à certains de ses aînés plus connus comme romanciers, notamment à Emmanuel Dongala – avec un poème intitulé « Le feu des origines » – ou à Sony Labou Tansi à qui les vers suivants sont adressés :
Parmi les hérétiques initiés
Contempteurs des messes rituelles
Ta voix de soprano modulait la liberté ».
Un poète ne vient pas au monde en ne lisant que ses compatriotes. Ghoma Boubanga le sait, et nous retrouvons, à travers certains clins d’œil et titres (« Les contemplations », « Méditations ») des hommages qui vont de Victor Hugo à Alphonse de Lamartine. Il s’agit ici d’un lyrisme qui traduit l’angoisse du poète devant la déliquescence de sa terre natale. La voix devient chaude et grave avec le portrait de la mère « chérie » comme pilier de la famille. La cosmogonie congolaise est en toile de fond. Que faire lorsque le sentiment de la désolation l’emporte sur un avenir radieux ? Ne pas baisser les bras. Le poète lance alors :
Et à la rencontre de mon triste destin
J’apporterai à toutes les funérailles
L’insigne colère des vieux mutins
Un recueil qui montrera aussi que l’auteur sait jouer de l’humour, notamment avec une « Lettre à un requin » de la part d’un « ami végétarien ».
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A lire : Serge Eugène Ghoma Boubanga, Derniers silences, poèmes, Ed. L’Harmattan-Congo, 2011.
Cette note de lecture a été publiée le 6 juin dans l'hebdomadaire Jeune Afrique où je tiens une chronique littéraire mensuelle intitulée "Lu et Approuvé".

Merci pour ce faire part Cher Alain. Ceci traduit le potentiel important du talent congolais.
RépondreSupprimerIl reste que beaucoup d'espoirs ont été déçus à cause de notre bêtise collective; il fut un temps où nous nous sommes engagés dans l'irréparable en se livrant à des différends à l'image de ce serpent qui se mord la queue.
Par ces quelques vers, il est clair que notre compatriote a du talent. J'ose croire que nous saurons faire honneur à la littérature Congolaise en soutenant nos frères et soeurs qui portent haut les couleurs de l'Afrique en général, et du Congo en particulier.
Merci Alain, je m'empresserai d'aller acheter ce dernier né.
Fraternellement et Amicalement.