vendredi 12 août 2011

Lu et approuvé (8) : Malek Chebel et le Coran


L’Algérien Malek Chebel est désormais connu comme le penseur d’un « islam des Lumières », celui qui prêche la modernité au grand dam de certains et contribue à la vulgarisation de l’histoire et de la culture de l’islam en vue de contrer la prolifération des démagogies. Chebel passe à la fois des études les plus savantes aux plus « légères ». Il s’intéressera aussi bien à l’alcool (Anthologie du vin et de l'ivresse en Islam, Pauvert, 2008), à l’érotisme (Le Kama sutra arabe, 2000 ans de littérature érotique en OrientPauvert, 2006) ou encore au Coran dont sa traduction en français vient de paraître en poche. Pourquoi une autre traduction ? Que nous apporte celle de Chebel ? Je m’étais aussi posé ces deux questions. Or Chebel nous avertit que même ceux qui maîtrisent la langue arabe sont conscients de la difficulté d’appréhender ce livre. Par conséquent toute traduction devrait tenir compte de l’évolution des recherches sur l’analyse des textes, notamment l’étymologie de l’arabe ancien, la connaissance des traditions linguistiques de l’époque.
La traduction de Chebel se fonde donc sur l’esprit du Coran et « la mentalité de ses lecteurs », les musulmans, avec pour dessein d’illustrer que ce livre sacré est plus que jamais ancré dans la modernité au moment où l’islam « cherche sa place dans le cadre d’une mondialisation des échanges humains et d’une circulation rapide des idées ». En somme on devrait multiplier les traductions pour être en harmonie avec l’évolution de nos sociétés sans, bien sûr, dénaturer, l’esprit de la « Révélation ».
La traduction du Coran est accompagnée d’un autre ouvrage, Dictionnaire encyclopédique du Coran, qui sort également en poche. On mesure le travail d’entomologiste entrepris par Chebel dans ce dernier ouvrage, un outil qui nous évite l’égarement et la confusion et nous éclaire sur les nuances contenues dans le Coran. Certains termes ont été « dénaturés » de nos jours. C’est le cas par exemple du mot « imam » signifiant aujourd’hui « celui qui prend la tête de la prière dans une mosquée, dont il est souvent le recteur » alors que le Coran a une définition plus large désignant « la conduite d’un peuple », « direction que les prophètes Isaac et Jacob se virent confier par Dieu (XXI, 73) », ou encore « des conducteurs appelant à l’enfer. Comme ce fut le cas pour Pharaon et ses armées (XXVIII, 41) ». Le Dictionnaire encyclopédique du Coran de Chebel est un appel au sens originel de la Parole pour que la le livre sacré ne soit plus détourné.




1. Le Coran, traduction de Malek Chebel, Le Livre de Poche, 2011, 736p, 6.50 euros

2. Malek Chebel, Dictionnaire encyclopédique du Coran, Le Livre de Poche, 560p, 6.95 euros
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Cette note de lecture a été publiée le 01/08/2011 dans Jeune Afrique où je tiens la chronique "Lu et Approuvé"

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