A quelques mois de
l’élection présidentielle en France, ce « beau livre » qu’est La France noire, trois siècles de présences tombe à pic. Depuis que la question
de l’immigration est devenue un enjeu politique et démagogique, beaucoup de Noirs
de France estiment qu’ils seraient mieux traités dans les pays anglophones – la
situation de leurs « frères » vivant dans cet espace leur paraissant
plus supportable. Pourtant, avant la Révolution française et, dans une certaine
mesure, pendant la période coloniale, il valait mieux être un Noir en France
qu’ailleurs. On le vit avec l’arrivée massive des intellectuels noirs
américains à Paris, victime dans leur pays de la ségrégation raciale. « Ce n’est que depuis les années 80 que
ce sentiment, cet attrait pour la France décline, et qu’un Noir se dit plus
libre, plus accepté et plus reconnu en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou à
Johannesburg, alors que la citoyenneté est désormais un droit pleinement acquis
en France. »
Les présences de Noirs
en France remontent à trois siècles pendant lesquels les populations d’Afrique,
de la Caraïbe, de l’Océan indien et des Etats-Unis contribueront à bâtir et à
préserver la nation française. Le Noir changera alors de « statut »
selon les époques : il passera du stade de l’affranchi à celui de sujet
colonial ; de celui de l’indigène à celui de « tirailleur
sénégalais ». Il sera par la suite « Nègre », puis tout
simplement Noir avant d’être perçu comme un immigré et, dans les années quatre-vingt-dix,
comme un « Black ». Dans les années 2000 les débats portent sur la
citoyenneté des « Noirfrançais », ces minorités visibles ne souhaitent
plus être reléguées à l’arrière-cour de la République comme dans Moi aussi, le poème de Langston Hughes
où « le frère à la peau sombre » qui mangeait jusque-là à la cuisine se
révolte et hurle qu’il est lui aussi l’Amérique et que lorsque viendra du monde
il se mettra à table. La France ne pourra plus fermer les yeux devant ces
« sans voix » qui présents dans tout le territoire...
Parions que La France noire deviendra vite un
ouvrage de référence. La clarté de son propos lui garantit une audience très large.
Plusieurs penseurs et chercheurs de renom (Achille Mbembe, Pap Ndiaye, Dominic
Thomas, Elikia Mbokolo, Françoise Vergès, François Durpaire…) ont apporté,
chacun, le fruit de son expérience. Le résultat est frappant, avec plus de 750
documents, photos, coupures de presse et iconographies qui matérialisent les
traces irréfutables de ces « présences noires » qu’on ne trouvera
pas forcément dans les manuels d’histoire officielle de France.
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La France noire, Trois siècles de présences, sous la direction de Pascal Blanchard, Sylvie Chalaye, Eric Deroo,
Dominique Thomas et Mahamet Timera, éd. La Découverte, 2011 360p. 59 euros.
Cette note de lecture a été publiée dans "Jeune Afrique" (en kiosque jusqu'au 12 novembre) dans ma rubrique mensuelle ''Lu et Approuvé''.

Mbote ndeko na nga,
RépondreSupprimerJe t'ai vu chez F. Taddéï. J'ai bien aimé le clien d'oeil à Aminata Sow Fall, avec La grève des battus. Tu as une mémoire extraordinaire et quelle perspicacité d'avoir fait un parallèle avec le sujet.
Bien à toi, O.G.