mercredi 27 avril 2011

AINSI VA LE MONDE (18) : L'acte de naissance de Barack Obama


Les Américains sont parfois champions en matière de discussions byzantines. Et ces derniers temps ce genre de discussions se ramassent à la pelle comme les feuilles mortes. Voilà donc ce Donald Trump, multimilliardaire qui milite pour le retour des Républicains au pouvoir et qui s’est mis à douter de la citoyenneté américaine de Barack Obama, candidat à sa propre succession en 2012. Le « pauvre » président a dû faire une conférence de presse et publier urbi et orbi l’intégralité de son acte de naissance dans lequel il est clairement précisé qu’il est né le 4 août 1961 à Honolulu (Hawaii), fils du Kenyan Barack Hussein Obama et de l'Américaine Ann Dunham Obama, de Wichita (Kansas).

Donald Trump le multimilliardaire
On croyait sincèrement la question résolue puisque quelques années plus tôt l’Africain américain avait été élu « haut la main ». Si à cette époque ce problème constitutionnel s’était posé les Républicains n’auraient pas retenu leurs crocs acérés pour broyer celui dont ils veulent aujourd’hui repousser hors des frontières américaines en arguant qu’il serait né au Kenya, donc cela le rendrait inapte à briguer la présidence américaine. L’Amérique tient au « droit du sol », on le sait, même si cette notion est ridicule et contraire à l’évolution actuelle des sociétés. Le droit du sol est même incongru dans cette nation qui est fondée sur une pyramide de races, synonyme de la mobilité et de la diversité. Quoi qu’il en soit, la publication de l’acte de naissance de Barack Obama dans son intégralité a fait taire ce Donald Trump qui, pour amuser la galerie s’est contenté de souligner  qu’il était satisfait que le président ait publié ce document et que maintenant il était question d’aborder d’autres sujets. Tout ça pour ça ? se serait étonné le cinéaste Claude Lelouch. L’avanie a presque recouvert tous ces Républicains qui étaient montés au créneau, et la formule la plus assassine est venue d’un autre candidat adversaire d’Obama, le Républicain Mitt Romney qui a lâché : « Le président Obama ferait mieux de publier un plan de lutte contre le chômage ». Oui, mais entre le chômage et l’acte de naissance il faudrait bien choisir ! Est-ce à cause de Barack Obama si c’est ainsi que va le monde, et nous avec ?

jeudi 21 avril 2011

AINSI VA LE MONDE (17) : Touche pas à mon vin et à ma bière !

En France c’est la grogne de certains CRS. Ces braves policiers boudent une circulaire qui leur interdit de consommer « un quart de rouge » et « une petite bière » pendant les repas. Bon, on ne nous dit pas combien de repas ils prennent par jour et si le contrôle est drastique pour bien s’assurer qu’on n’aurait consommé qu’un quart de vin ou une petite bière. A quand donc la tolérance de deux petites bouffées de marijuana avant d’aller tabasser quelques manifestants sur la place de la Bastille d’autant qu’on avait surpris quelques CRS sifflotant tranquillement leur bière pendant les manifs des lycéens en octobre 2010. Oh, sans doute que ces CRS se rattrapaient parce qu’ils n’avaient pas eu leur quart de rouge et leur petite bière pendant le repas de midi. Les lycéens n’allaient quand même pas leur ôter ce droit fondamental ! Le secrétaire national du syndicat de ces CRS, Didier Mangione, a d’ailleurs le sens de la formule lorsqu’il lâche au quotidien gratuit 20minutes : «On veut faire de nous des curés, mais sans le vin de messe». Encore qu’il faudra aller vérifier si les curés ne picolent pas en cachette entre deux messes ou lorsqu'il n'y a pas de messe. Les voix du Seigneur, comme celles de la bouteille, sont impénétrables. Et d’ailleurs pourquoi Jésus a-t-il transformé de l’eau en vin ? C’est vrai, c’était sans doute pour nous montrer son talent de magicien. Talent que les curés n’ont pas, bien entendu.

Les CRS ne me dépasseront pas !
Irons-nous vers une grève des CRS pour le vin et la bière ? Avant qu’on en arrive à ce stade je voudrais rappeler aux policiers français qu’ils envieraient certains de leurs « collègues » africains qu’on croise dans les bars congolais en uniforme - comme sur la photo à droite - et qui descendent des casiers de bières. Ils envahissent la piste de danse avec leurs petites chéries. Celles-ci, surexcitées, vont jusqu’à porter le couvre-chef du cavalier lorsque la musique de Koffi Olomidé  pousse les ambianceurs dans une fièvre générale. C’est l’ambiance dirait-on, et qu’on ne dérange surtout pas ces agents de la force publique pour une urgence. J’imagine que lorsque ces policiers africains qui se ruent dans les bars entendront qu’on est en train de pinailler en Europe pour une histoire de quart de vin et de petite bière ils ne comprendront pas que c’est ainsi que va le monde, et nous avec…

vendredi 15 avril 2011

AINSI VA LE MONDE (16) : Le racisme est-il toujours plus dur chez les autres ?


Abdoulaye Wade, président du Sénégal
A l’heure où la chute de Laurent Gbagbo devrait faire réfléchir les monarques africains accrochés au pouvoir, le président sénégalais – élu démocratiquement certes, mais qui s’active à installer sa descendance ou à s’accrocher au pouvoir – trouve le moyen de nous divertir en se répandant dans les colonnes du Figaro avec une posture de donneur de leçons, à défaut d’avoir acquis celle de sage d'Afrique comme, en son temps, Félix Houphouët-Boigny. Abdoulaye Wade estime en effet que la chute de Gbagbo est une décision des Africains alors que la très ridicule Union Africaine, comme nous le soulignions ici, avait montré son inefficacité, une inefficacité qu’il faudrait comprendre aujourd'hui par le fait que cette organisation, championne des discussions dilatoires et byzantines, compte dans ses rangs plusieurs dictateurs qui, par réflexe, songent à leur propre destin. En affirmant que la décision de la chute de l’ancien président ivoirien était une initiative des Africains, Wade a causé la mort de plusieurs de ses compatriotes qui vivent en Cote d’ivoire, à Treichville. Ainsi que le rappelle Jeune Afrique, le président du Sénégal n’en est pas à sa première déclaration qui signe l’acte de décès de ses compatriotes à l’étranger. Parfois il était contraint d’affréter un avion pour rapatrier à la hâte les siens, victimes par ricochet de ses déclarations de pompier pyromane.


Une de ses innombrables "sorties verbales" a retenu mon attention et a provoqué la publication de cette chronique. En 2001 Wade, dont les rapports devenaient de plus en plus orageux avec la Côte d'Ivoire avait constaté : « un Burkinabè souffre plus de racisme en Côte d'Ivoire qu'un Noir en Europe ». Ce qui est vrai et, en cela, l’homme fort du Sénégal n’avait fait que traduire une réalité. D’ailleurs j’irais même plus loin en évoquant les Noirs d’Algérie, du Maroc, de la Tunisie qualifiés de « hartani », littéralement « hommes libres de second rang » ou  de « aâzi », que l’on pourrait traduire par « sale nègre ». J’irais encore plus loin en rappelant la situation des Haïtiens et des Dominicains qui sont malmenés et traités avec mépris en Martinique ou en Guadeloupe. J’irais toujours plus loin quant aux Congolais de Brazzaville qui ne ménagent pas toujours les Congolais de la RDC à tel point que « Zaïre », le nom ancien de la RDC, fut et demeure dans mon pays d’origine une insulte. 


Le « racisme » entre Africains est larvé, pérenne. Il est certainement le prélude à d’autres types de conflits, cette fois interétatiques, que nous devons dès à présent traquer et éradiquer sans concessions. Entre les « gens de la forêt » et « les gens du désert », allez faire la comptabilité des préjugés et des propos racistes et vous rempliriez tout un carnet de trois cents pages qui laisseraient pantois les plus irréductibles des partisans de l’extrême droite. Chez les Sénégalais on ne ménage pas toujours l'Autre, allant jusqu'à le qualifier de « gnak » (mot qui signifie en wolof frontière, étranger, mais qu'on emploie dangereusement pour étranger ou sauvage). 


Si Wade a raison en pointant du doigt ce racisme entre Africains - encore que le terme de race soit inapproprié en parlant des humains -, il devrait d’abord balayer chez lui, réduire cet élan qui nous fait croire que la xénophobie chez les autres est plus rude que celle qui se déroule dans notre case. Et la logique recommanderait d'ailleurs qu’avant de regarder la paille dans l’œil du voisin il vaudrait mieux déjà voir la poutre qui est dans son propre œil. Oui, c’est une logique simple. Simple parce que c’est ainsi que va le monde, et nous avec…

mardi 12 avril 2011

AINSI VA LE MONDE (15) : Laurent Gbagbo le Simón Bolívar africain ?

Laurent et Simone Gbagbo "captifs" dans une chambre du "Golf".
En regardant les images diffusées  ici et là et qui montraient un Laurent Gbagbo « démuni », infantilisé par ceux qui venaient de le déloger de sa résidence, on ne pouvait que s’émouvoir. Toute déchéance humaine est pitoyable. On n'est jamais beau dans la défaite. Ce qui ne signifie pas qu'on le deviendrait avec la victoire. Tout dépendant de celle-ci. La photo à gauche est saisissante de vérité sur les coulisses de la crise ivoirienne. Le "langage des yeux" entre Laurent Gbagbo et son épouse Simone est ce qui retient d'emblée. Simone Gbagbo semble insister pour que le mari demeure ferme, rigide dans ses positions malgré la captivité. A l'opposé, le mari à l'air d'en vouloir à sa femme de l'avoir indirectement poussé jusqu'à ce point de non-retour. Et, autour des deux, l'assistance, les mains sur les hanches, a du mal à croire que ce sont ces "deux-là" qui dirigeaient les Ivoiriens depuis plus d'une décennie...


Gbagbo ressemble au monarque de Gabriel Garcia Marquez dans L’Automne du patriarche. Si dans ce roman majestueux le tyran inventé par Marquez vivait dans un palais merdique, déserté par les courtisans et que ne fréquentaient plus que des poules et des vaches, force est de constater que le bunker dans lequel se terrait le président capturé avait aussi été réduit en un royaume dont les courtisans prenaient petit à petit la poudre d’escampette - certains allant rejoindre sans vergogne l'hotel du Golf. 

Si Gbagbo avait accepté de quitter le pouvoir quelques mois avant, tirant profit des offres alléchantes qu’on lui faisait – y compris une immunité, un salaire de 2 millions d'euros par an, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui –, peut-être aurait-il eu un destin plus glorieux à l'instar de celui d'un autre homme politique qu'on retrouve dans Le général dans son labyrinthe. Dans ce livre Marquez revient sur les dernières années de Simón Bolívar adulé des populations latino-américaines et surnommé Liberator parce qu'il avait contribué à la l'émancipation de plusieurs pays de l’Amérique latine contre la domination espagnole. A l'automne de sa vie il sera expulsé du pouvoir, vivra une lente agonie avec son petit cercle de fidèles. La Colombie n’oubliera pas ce personnage. De même que le Venezuela, l’Equateur, la Bolivie ou le Pérou... Il avait tracé le chemin. Il avait voulu mourir dans la dignité, comme dans La mort du loup d’Alfred de Vigny. Il avait fait son devoir, celui d’un libérateur. Le reste était à poursuivre par les générations futures. Nous savons ce qui s'est passé en Amérique latine : une prolifération de dictatures. Des déchirements. Des divisions l’ont emporté... 


Gbagbo - qui est historien - voulait-il devenir le Bolívar africain ? Si oui, alors il ne s’était découvert cette vocation qu’une fois qu’il avait été pris entre deux feux – si on peut se permettre cette formule. Mieux encore, il ne s’était découvert cette vocation que dans le dessein de pérenniser un pouvoir qui appartenait à son clan. Ceux qui l’entouraient n’étaient pas des révolutionnaires, ils "mangeaient". Ceux qui entourent Ouattara aujourd’hui ne sont pas non plus des révolutionnaires, ne nous leurrons pas, on les verra sous peu "manger". La Côte d'Ivoire est blessée. Il n’y a qu’à voir l’air grave qu’affiche Ouattara. On sait que ce qu'il a réussi est une victoire à la Pyrrhus. Et c'est bien de ça qu'il s'agit. Ne nous posons plus de questions car c’est ainsi que va le monde, et Ouattara avec...


Cette chronique, Ainsi va le monde (15), a été reprise en intégralité par l'hebdomadaire Le Courrier international (No. 1067 du 14 avril 2011). 

vendredi 8 avril 2011

AINSI VA LE MONDE (14) : Encore une question de longueur


Voilà donc que n’ayant rien d’autre à faire de mieux, certains scientifiques très sérieux ont eu l’idée d'établir le classement mondial de la taille des zizis. A quand, pendant que nous y sommes, le classement mondial de la taille des oreilles ? En tout cas, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir ça de près. Je parle, bien entendu, du classement. Et là, surprise ! On y apprend que les Européens sont juste derrière les Africains et que les pays asiatiques sont les parents pauvres dans cette affaire. Et c’est l’Afrique qui remporte ces hostilités. Serge Bilé, auteur de La légende du sexe surdimensionné des Noirs n’en reviendra sans doute pas, à moins qu’il ne rajoute un chapitre dans son excellent ouvrage : les Congolais sont les mieux placés au monde avec pas moins de 17,99 cm de moyenne pendant que les pays asiatiques atteignent à peine une moyenne qui oscille entre 9,66 et 11,67. La radio française RTL en a fait écho, et tout laisse à penser que plusieurs Français ont dû aller vite se mesurer pour savoir s’il atteignait la moyenne gauloise établie à 16,01. Et le rapporteur de l’info sur le site de ladite radio de crier cocorico au détriment des autres pays qui sont derrière le sien : “Avec une moyenne - haute - de 16,01 cm, nous sommes fièrement installés à la deuxième place européenne "loin" devant les Belges (15,85 cm) les Italiens (15,74) et les Suisses (14,35), mais juste à quelques millimètres des Hongrois et leur moyenne de 16,51 cm”. Ah, ces Hongrois et leurs millimètres de plus que les Français ! On ne va pas aller en guerre pour ça quand même !
Bon d’accord, la messe a été dite par ces scientifiques : les Congolais sont les patrons du monde. Et maintenant on fait quoi ? 
Un Congolais à qui j’ai transmis l’info s’est inquiété et m’a demandé : “ Tu es certain ? Les Congolais ? Mais lesquels ? Ceux du Congo-Brazzaville ou du Congo-Kinshasa ?” 
Je n’ai pas répondu. Parce que c’est ainsi que va le monde, et les Congolais avec.

mercredi 6 avril 2011

AINSI VA LE MONDE (13) : UNE AFRIQUE EN PAPIER


Peut-être qu’au moment où vous lirez cette chronique Laurent Gbagbo aura signé sa reddition, et surtout avalé une pilule très aigre : accepter que son ennemi juré est le président de la République ivoirienne. A-t-il le choix ? C’est un homme « fatigué » - et c’est lui qui le dit. Fallait-il en arriver jusqu’à cette « grosse fatigue » alors qu’on aurait pu l’éviter, et du coup, sauver des vies de nos sœurs et frères ivoiriens ? Quoi qu’il en soit, la crise ivoirienne est une leçon pour les Africains. Dirigés par des autocrates, bernés par une Union Africaine factice et ridicule, roulés dans la farine par des pseudo intellectuels qui débitent des âneries à la télé et choisissent un camp, cautionnant de ce fait la scission des Ivoiriens, les peuples d’Afrique n’auront jamais été seuls dans l’affaire. Nous savons désormais que l’Union Africaine n’est qu’une assemblée pour débattre, pour discuter au minimum pendant quatre mois, le temps qu’une bonne partie de la population périsse sous les armes lourdes. A quoi sert cette Union Africaine qui, d’ailleurs, brille ces derniers temps par un mutisme de cimetière ? L’Afrique n’existe pas, aurait dit l’écrivain Kossi Efoui. Oui, et elle n’a jamais existé. Celle qui est devant nous – une invention de toutes pièces de l’Occident – est à la merci de ses créateurs. Parce que nous n’avons jamais su dépasser les découpages nationaux et engendrer une « citoyenneté continentale ». Parce que nous n’avons cherché de solutions à nos problèmes qu’en nous inspirant de la doctrine des Maîtres. Parce que l’invention d’une autre Afrique passe nécessairement et inéluctablement par la décapitation politique des monarques actuels. Et ceux-ci sont nombreux. Ils regardent, la peur dans le ventre, le sort actuel de l’ancien président de la Côte d’Ivoire. Et ils se voient, se projettent dans le temps, un temps de plus en plus compté. Gbagbo n’est pas le pire des présidents africains. Mais il ne fallait pas attendre que le pire arrive. La soif du pouvoir est inextinguible. C’était le tort de Gbagbo. C’est toujours le tort de tous ceux qui sont actuellement à plus de deux "mandats" en Afrique. Je mets les guillemets parce que nous savons tous que la plupart de ces mandats ne viennent pas des Africains. Malheureusement, c’est ainsi que va le monde, et nous avec…

lundi 4 avril 2011

"Lu et approuvé", ma chronique mensuelle dans Jeune Afrique (3) : Connaissez-vous le « Paris noir » ?



Lorsque j’ai reçu le manuscrit des Carnets de l’Afrique à Paris pour en faire la préface, je ne connaissais pas les auteurs. Catherine M’Boudi travaille dans l’édition et a été journaliste de presse africaine. Alain Korkos, lui, est un auteur et illustrateur jeunesse et adulte. Au fond, me disais-je, je n’aime pas préfacer un livre, sachant qu’il n’a pas besoin d’un autre auteur pour survivre. Lorsque je le fais, je me limite à souligner l’intérêt que l’ouvrage aurait auprès du lecteur, sans émettre un jugement excessif. En préfaçant donc Les Carnets de l’Afrique à Paris j’ai enfreint cette règle. Parce que c’est un livre utile. Parce que c’est un livre qui parle de nous. Parce que c’est un livre qui me remet au cœur des thématiques de certains de mes romans : la vie des Noirs en France et le regard que l’Autre – l’Européen – porte sur eux. Le travail de M’Boudi et Korkos était, par conséquent, une entreprise délicate, les deux auteurs étant des Européens – avec tout le danger de l’exotisme et du paternalisme que cela aurait pu entraîner. Et puis, les Noirs de Paris ne se laissent pas observer par le premier venu. Ils ont raison : beaucoup d’écrits, de reportages télévisés sont souvent « orientés », et donc destinés à les « noircir ». En somme, il faut aimer ce « Paris noir » pour gagner la confiance de ses acteurs et installer un dialogue fondé sur la confiance. C’est ce qu’ont réussi Catherine M’Boudi et Alain Korkos à travers des illustrations et des textes marqués par une sincérité et une humilité évidentes. Ici ce ne sont plus ces auteurs qui parlent, mais ces Africains eux-mêmes. Comment arrivent-ils en France ? Que font-ils à Paris ? Où vivent-ils ? Quels sont les lieux des « ambianceurs » ? Où trouvent-ils les aliments de leur continent ? Quels sont les grands écrivains de leur littérature ? Qu’en est-il de cette musique africaine qui irrigue les autres musiques du monde ? Qui sont ces marabouts qui distribuent leur carte de visite à l’entrée des métros ? Où dénicher la presse africaine ? Qui sont les « sapeurs » ?
A la fin de l’ouvrage, un carnet d’adresses de ce « Paris noir » vous guidera dans les lieux « où tout se passe » si par malheur vous ne saviez pas danser ou vous vous demandiez où prendre un verre, où acheter des livres, où faire vos courses. Et tout cela avec un plaisir de lecture et un humour sans cesse corrosif. Ce qui manque à la plupart des ouvrages qui parlent de « nous » et qui, jusqu’alors, ont causé du tort à ces hommes et à ces femmes, artisans des cultures de la Ville-Lumière de demain. N'est-ce pas qu'ainsi va le monde, et nous avec ?



Catherine M’Boudi et Alain Korkos, Les carnets de l’Afrique à Paris, tout un monde à découvrir. Préface d'Alain Mabanckou. Guide illustré, éd. Parigramme, 2011, 144p., 14 euros.
Cette chronique a été publiée dans l'hebdomadaire "Jeune Afrique" (lundi 4 avril 2011) où je tiens une chronique mensuelle intitulée "Lu et approuvé".