mardi 31 mai 2011

AINSI VA LE MONDE (24) : Strauss-Kahn et Georges Tron, deux "pieds" deux mesures ?


Georges Tron (Paris) - DSK (New York)
Imaginons un voyage dans un avion Air France (AF072 Paris-Los Angeles). N'imaginons pas puisque j'ai pris ce vol ce lundi 30 mai en début d'après-midi à Paris. Je suis calé entre deux autres passagers qui vident tout le bar de l’avion. Les bouteilles de whisky roulent à nos pieds sous le regard médusé d'un stewart chargé d'en apporter sans broncher - le client n'est-il pas roi, hein ? Donc l’alcool est partout pendant que moi j’ai le nez dans le journal (Libération) qui raconte les accusations de violences sexuelles contre Georges Tron,  secrétaire d’Etat à la fonction publique française qui vient de démissionner en catastrophe pour, soi-disant, assurer sereinement sa défense. La France avait déjà un dossier chaud aux Etats-Unis avec DSK, maintenant elle a un autre sur son propre territoire. Libération, par le biais d'une caricature, qualifie Georges Tron de « DSK des pauvres ». C’est vrai que comparé avec l’ancien directeur du FMI, Georges Tron semble jouer dans une petite catégorie. Il ne fait pas le poids. Il n'est pas connu. Il n'est qu'un sous-ministre. Il n’est pas en résidence surveillée dans une villa de plusieurs centaines de mètres carrés qui revient à 35.000 euros par mois. Il ne paye pas 200.000 dollars par mois pour sa sécurité. Personne ne lui a demandé une caution en espèces de 1 million de dollars et une garantie sur ses biens à hauteur de 5 millions de dollars. Les cameras des USA ne viendront jamais dans sa petite mairie de Draveil, dans l’Essonne. Il ne peut pas se payer les grands avocats américains. C'est injuste. C'est pitoyable. On ne devrait pas traiter les gens de cette façon. En plus la France a l'air de s'en foutre car la situation de ce Georges Tron ne menace pas les élections  présidentielles - la droite ne fera pas de toute façon de primaires. Georges Tron n'est pas accusé par une femme de chambre guinéenne qui bosse dans un hôtel de luxe, meme pas dans un Formule 1, dans un Ibis ou dans un Etap de la Porte de Montreuil. Lui, c'est autre chose : ce sont les employées de sa propre Mairie qui s'attaquent à lui. 
Où va-t-on alors ? Faisons la grève pour hisser Georges Tron au rang « d’accusé » de luxe. C’est le monde à l’envers : un homme dit de gauche (DSK) et un homme dit de droite (Georges Tron), et la « pauvreté » est maintenant dans le camp de la droite alors que ce n'est pas ce qu'on nous dit d'habitude. Les gens de gauche sont normalement pauvres, et les gens de droite sont naturellement riches. Voilà, c'est ça. Si jadis on disait « prolétaires de tous les pays, unissez-vous », maintenant on devra dire « bourgeois de tous les pays, unissez-vous ». Unissez-vous pour la dignité de George Tron. Lui c’est le petit poisson. DSK, c’est le gros. Avec un peu d’effort le petit poisson deviendra grand. Mais c’est rare de voir un gros poisson maigrir. Parce que c’est ainsi que va le monde, et nous avec.

mardi 24 mai 2011

AINSI VA LE MONDE (23): Des propos homophobes de Noah



Joakim Noah : 50.000 dollars d'amende
C’est peu dire que ça chauffe dans l’équipe de basketball de Chicago – les Chicago Bulls – dans laquelle évolue Joakim Noah, le fils de l’autre. L’équipe de Noah ayant du mal à bousculer son adversaire (les Miami Heat), il est évident que la tension ne fait plus que monter avec la crainte de perdre la chance de gagner le championnat de l'Est américain ("Eastern Conference", comme on dit ici) pour affronter les Champions de l'Ouest ("Western Conference"). Et c’est dans le public que cela a dégénéré puisque Joakim Noah, reconnu aujourd'hui comme un des meilleurs basketteurs aux Etats-Unis, perdant son contrôle depuis le banc où il avait été relegué après une faute sur le terrain, a tenu des propos homophobes contre un supporter à qui il a lancé : « Fuck you, faggot ! ». Dans la langue de Molière et de Kourouma cela donne : « Va te faire enculer, pédé ! ». La NBA, ligue américaine de basket, n’a pas laissé passer ce dérapage d’autant que quelques mois plus tôt un joueur de Los Angeles - le fameux Kobe Bryant - avait écopé d’une amende de 100.000 dollars pour des propos similaires dirigés contre un arbitre. Le fils de Noah a présenté ses excuses publiques, mais celles-ci n’effaceront pas l’amende de 50.000 dollars qu’il devra verser. La salubrité du langage dans les terrains devient une urgence.
On pourrait se demander pourquoi l'amende de Kobe Bryant a été plus forte que celle de Noah. On soutient que c'est parce que les propos de Kobe étaient adressés à un officiel ( en l'occurrence l'arbitre). Ce qui est, convenons-le, une étrange manière de réprimer ! Le spectateur serait-il moins important que l'arbitre ?

Le mot anglais « faggot » m’a fait penser à cette époque où l’écrivain afro-américain Richard Wright  répondit à quelqu’un qui lui parlait du talent de l’auteur de La chambre de Giovanni, James Baldwin : « C’est un grand écrivain, mais c’est un pédé ».
Kobe Bryant : 100.000 dollars d'amende
Les propos homophobes que l’on retrouve désormais, presque avec une banalité sidérante, dans le langage populaire doivent être combattus et perçus comme une véritable discrimination de premier ordre. Que dirait-on alors si un auteur blanc avançait au sujet d’un de ses confrères de couleur : « C’est un grand écrivain ? C’est un nègre ! » On me rétorquera que j’exagère. Mais toujours est-il que ce qui gâche l’existence des uns ne fera jamais le bonheur des autres. Sur le terrain ces basketteurs célèbres sont des modèles pour les jeunes qui, non seulement se feront tatouer les bras comme ces joueurs millionnaires, reprendront dans la cour de récréation la diarrhée verbale de leurs idoles. Parce que c’est ainsi que va le monde, et nous avec !

dimanche 22 mai 2011

Que lire ? (1) : Trois livres à découvrir


On aimerait tant parler de tous les livres qu’on reçoit, mais parfois on est contraint, lorsqu'on écrit des chroniques aussi bien dans les journaux que dans cet espace, de ne mettre en valeur qu'un ou deux titres. Pour réparer cette injustice, voici  une nouvelle rubrique que j'ai sobrement intitulée "Que lire?" et qui reviendra sur certains livres que j'aurais reçus et qui mériteraient une exposition...

1. Je commencerais par l’essai d’Anthony Mangeon, « La pensée noire et l’Occident. De la bibliothèque coloniale à Barack Obama » (Ed. Sulliver, 2010, 304p). Un livre d’une intelligence inouïe, mettant face à face « L’Europe des Lumières » et « L’Afrique des ténèbres ». Les deux mondes ont eu et ont des rapports d'«opposition». Opposition dans la pensée. Opposition dans ce qu’il faudrait entendre par «civilisation». Anthony Mangeon nous invite à entrer dans la « bibliothèque coloniale », à découvrir la "bestialité" dans la littérature de cette époque, mais aussi les représentations qu’on se faisait de l’Afrique, des Africains. Les différents courants de pensée sont décortiqués, avec des intellectuels comme Théodule Ribot ou Lucien Levy-Bruhl et les différentes métamorphoses opérées par certains "révolutionnaires" comme Placide Tempels ou Marcel Griaule, entre autres. Oui, l’Afrique a une philosophie – même lorsqu’elle épouse l’afrocentrisme prôné par Cheikh Anta Diop. En somme, Mangeon nous propose un regard sur l’Autre, et en ces temps il n’est pas inutile de rappeler que le livre tombe à pic.

2. Laure Morali, Traversée de l’Amérique dans les yeux d’un papillon, roman, éd. Mémoires d’Encrier, 2010, 132p.
Quand on croise Laure Morali – Française habitant à Montréal – on est frappé par sa « fragilité » de créatrice. le talent peut effrayer l'écrivain, et c'est mieux ainsi. Il faut bien l’écouter car ses paroles sont le prolongement de cette prose ciselée qu’on retrouve dans ce roman qui place cette auteure sur les traces de Kerouac. Il est ici question d’errances, de voyages, de la géographie, de la mêlée des cultures. Une rencontre au hasard peut être le début d’une grande aventure car, comme il est dit dès l’entrée du roman « on change de peau chaque fois que quelqu’un nous raconte son histoire. On oublie d’où l’on vient…» Et les voyages de Morali vont du Québec au Nouveau Mexique, de la Guyane à l’Alaska, montrant qu’entre les cultures il n’y a pas de frontières. Et dans ces odyssées les êtres se deviennent nature : «  Mon grand père est plus qu’un paysage maintenant. Il est libre comme un poème qui part à tout vent, un carré d’herbe qui prend ses ailes. » Un moment de lecture agréable qui nous met dans un état de recueillement et de sagesse.

3. Bernard N’Kaloulou, La ronde des polygames, L’harmattan, Coll. Ecrire l’Afrique, 2010, 270p.
Ce premier roman de Bernard N’Kaloulou, conteur, sociologue et géographe n’est pas une étude sociologique de la polygamie. Il raconte le parcours de Kala qui part à la découverte du monde dans les années cinquante et soixante, donc avant les indépendances africaines. Les descriptions de la vie traditionnelle, des villages, des mœurs et des coutumes confirment le talent de conteur de N’Kaloulou. On est dans la maison du père de Kala. On s'interroge sur les déboires d’un ancien combattant – était-il réellement un héros de la Seconde Guerre mondiale ? On assiste à une version de Caïn et Abel lorsque survient un accident de chasse qui a tout l’air d’un fratricide. Le livre est émaillé d’anecdotes, de tranches de vie et d’un regard juste qu’il faudrait créditer à la formation de sociologue de l’auteur. Nous sommes ici entre les frasques d’Hampaté Ba dans L’Etrange destin de Wangrin et l’analyse caustique d' Eza Boto (Mongo Beti) dans Ville cruelle. Nous suivons avec attention les prochaines parutions de N’Kaloulou.

mardi 17 mai 2011

AINSI VA LE MONDE (22) : Grandeur et décadence de Strauss-Kahn


Je m’étais jusque-là retenu d’écrire sur « l’affaire » Strauss-Kahn. Pourtant, à entendre les arguments de certains dirigeants politiques français qui défendent aveuglement l’inculpé l’exaspération a fini par me gagner. On semble tout d'un coup découvrir en France la transparence du système judiciaire américain alors que nous le connaissons, même par le biais de ces séries policières américaines que la Gaule diffuse chaque saison avec succès. La plupart des individus célèbres ont toujours été mis en face du public lorsqu’ils étaient pris dans les filets de la justice. C’est une situation légale. Aux Etats-Unis le procès ne se passe pas en cachette puisqu’il s’agit du peuple américain qui attaque un criminel. Pourquoi alors cacher à ce peuple le visage de celui qui l'a "agressé" ? On a ainsi vu, en direct, les déboires de Michael Jackson ou encore de ce très célèbre footballeur afro-américain, O. J. Simpson, accusé du meurtre de son épouse. On a également vu Bill Clinton se dépatouiller dans l’affaire Monica Lewinsky en 1998-1999. Pourquoi alors Strauss-Kahn bénéficierait-il d’un traitement spécial ? Allons-nous sponsoriser les "tribulations" sexuelles d'un individu sous prétexte qu'il est Français comme nous ? Ne fallait-il pas commencer par s'inquiéter de la situation la victime, cette femme qui est tristement absente dans les commentaires et les réactions des Français ? Et voilà que notre Jack Lang national souligne qu’il n’y a pas "mort d’homme" pour qu’on expose ainsi l’homme politique français. Certes, mais rappelons à ce grand juriste qu’ici, aux Etats-Unis, les faits reprochés à Strauss-Kahn sont qualifiés de crimes et qu'à ce titre il n’y a pas à établir une hiérarchie dans la nature de la criminalité. Que ferait d'ailleurs Strauss-Kahn dehors s’il était libéré en versant cette forte caution de 1 million de dollars comme le proposait ses avocats ? Il se rendrait naturellement en France. Comme le cinéaste de génie Roman Polanski, lui qui a su se soustraire à la justice américaine. Et entre la France et les Etats-Unis il n'y a pas d'accord d'extradition. Sans doute serait-il un peu « tranquille », à condition que la journaliste Tristane Banon ne lance pas à son tour une autre procédure puisqu’elle soutient que le même Strauss-Kahn aurait eu à son égard un comportement punissable lié au sexe. 


Contrairement à ce que croit Jack Lang, l’Amérique n’a pas eu envie de "se payer un Français, un Français puissant", mais un individu qui est soupçonné d'avoir commis des actes criminels sur son territoire. De ce fait, il doit subir le processus normal, comme un citoyen ordinaire. Par conséquent on ne devrait guère prêcher l’indulgence en la matière. Si Strauss-Kahn voulait rester un homme libre – et peut-être devenir le prochain président de la République française – il n’avait qu’à faire preuve d’un comportement exemplaire, d’autant qu’il n’en est pas à sa première affaire. Une amie m'a dit : "Mais cet homme a souvent trompé sa femme !" L’infidélité n’est pas un crime, mais un manquement au devoir conjugal. Or il ne s’agit plus ici d’une infidélité – atteinte au devoir conjugal que son épouse Anne Sinclair semble effacer en prenant la tête de la défense de son mari. Ne nous leurrons pas, il s’agit d’un crime qui ternit l'image de la France. Et je l'ai senti aujourd'hui lorsque j'ai donné mon passeport à l'agent américain au retour de mon voyage en France. La décadence d'un homme puissant atteint forcément ceux qui possèdent le même passeport. Parce que c'est ainsi que va le monde, et nous avec.

samedi 14 mai 2011

AINSI VA LE MONDE (21) : Les meilleurs restaurants « ethniques » de Paris


Faut-il vivre pour manger ou manger pour vivre ? Tant qu’à faire, dans les deux cas il faudrait choisir l’excellence, la qualité et le plaisir. Le très sérieux et respecté quotidien anglais The Guardian vient de publier la liste des 10 meilleurs « restaurants ethniques » à Paris. Et dans ce top 10 (cliquer pour le découvrir en intégralité), un des établissements mentionnés, Le Palanka, fut pendant longtemps mon lieu de prédilection – comme le rappelle d’ailleurs la journaliste auteur de l’article et qui est basée à Paris. De création récente, l'endroit avait tout pour devenir ce que je croyais alors l'un des restaurants les plus cotés du "Paris noir".
Je n’y étais plus allé depuis quelques mois, et lorsque je m’y suis rendu récemment avec des amis j’ai été quelque peu déboussolé par l’absence du chef, le Camerounais Christian Abegan, fin cuisinier qui avait donné à ce restaurant une touche singulière. L’esprit était certes là, mais je n’ai pas retrouvé ce « petit quelque chose » essentiel. L’occidentalisation du service m’a agacé – si je veux un tel service je sais où aller. Tout est devenu impersonnel, voire touristique. Je venais au Palanka pour l’Afrique, pour l’ambiance, pour le manioc congolais ou le miondo camerounais – et lorsque j’ai demandé ces aliments, un des serveurs a presque écarquillé les yeux de surprise ! Christian Abegan manque à ce restaurant qui, à mon avis, n’est plus à la « hauteur » des ambitions qu'il avait affichées au départ, avec la hardiesse du chef cuisinier qui, vraisemblablement, a été mis à la porte  - s'il n'a pas démissionné. 


Mon ami Christian Abegan, ancien chef du Palanka 

En 2009, ayant célébré ce lieu avec engouement dans les colonnes du Figaro (cliquer ici),  je voudrais formuler désormais quelques réserves. Et je soulignerais que dans le classement du Guardian il n'y a pas un restaurant que je classe au-dessus de tout : L’Equateur. Ouvert depuis 1993, au 151 rue Saint-Maur dans le 11ème arrondissement (métro Goncourt), toujours imité, jamais égalé. Un lieu que vous retrouverez d'ailleurs dans un de mes romans, Black Bazar (paru au Seuil en 2009). Etudiant, c’est là que j’avais alors croisé pour la première fois Manu Dibango et Yannick NoahOui, lorsque certaines nouvelles maisons (comme Le Palanka) s'égarent et perdent le cap, il est conseillé de revenir aux origines (L'Equateur). Parce que nos mères auront plus que jamais raison : les vieilles marmites font de bonnes sauces. Et surtout, parce que c'est ainsi que va le monde, et nous avec !

mardi 10 mai 2011

AINSI VA LE MONDE (20) : Un vieillard rwandais rattrapé par son passé


Le Rwandais Lazare Kobagayaga
Drôle de procès que celui qui est en train de se dérouler actuellement à Wachita, dans l’Etat du Kansas, aux Etats-Unis. Le Rwandais Lazare Kobagayaga, 84 ans, est devant la cour, non pas pour répondre de ses actes durant le massacre des Tutsis en 1994, mais pour avoir menti aux autorités américaines qui lui avaient attribué en 2006 la nationalité américaine. Selon les procureurs américains le Rwandais avait alors laissé entendre aux services de l’immigration chargés de la naturalisation qu’il n’avait jamais participé de près ou de loin au génocide des Tutsis au Rwanda et que, par ailleurs, en 1994 il habitait dans l'Etat voisin, le Burundi. Or, en 2007, le vieil homme avait "commis l'imprudence" de témoigner dans un procès qui se déroulait en Finlande. Il le faisait pour le compte du bourreau, François Bazaramba, un pasteur hutu qui, depuis, a été condamné à vie en Finlande pour son rôle dans les massacres qui avaient coûté la vie à plus d’un million de Rwandais en 1994. Dans son témoignage en Finlande, Lazare Kobagayaga avait laissé entendre qu’il vivait en 1994 au Rwanda. Les autorités finlandaises avaient signalé dès 2007 aux Américains la "situation suspecte" de ce nouveau citoyen américain planqué tranquillement dans le Kansas et dont la demande de nationalité avait été "sponsorisée" par ses enfants vivant aux Etats-Unis.

Pour ce procès contre le vieil homme les juges américains n'ont pas lésiné sur les moyens : ils se sont rendus au Rwanda, ont rencontré plusieurs témoins et rescapés du génocide, mais aussi des anciens génocidaires. Tous ont affirmé que Lazare Kobagayaga faisait partie des bourreaux et qu’il était un des leaders qui avaient organisé le massacre de centaines de Tutsis par le feu à Birambo le 19 avril et poursuivi les rescapés jusque dans les montagnes de Nyakizu
Toujours est-il que c’est la première fois que la Cour fédérale des Etats-Unis présente dans un procès des preuves ayant trait au génocide des Tutsis. 
Evidemment la défense a présenté l’accusé sous un visage de saint : sa femme serait Tutsi, et il aurait par ailleurs sauvé plusieurs personne de cette « ethnie ».
Peut-on masquer indéfiniment une barbarie ? Les silhouettes des victimes bougent, regardent de près cet homme qui pensait que l’Amérique était une planque sûre. Qui tue par l’épée périt par l’épée. C’est ainsi que va le monde, et nous avec. 

mardi 3 mai 2011

Lu et approuvé (4) : Percival Everett et les turbulences américaines


Percival Everett, professeur de littérature et de création littéraire à l’Université du Sud de la Californie s’impose de plus en plus comme l’un des écrivains américains  les plus importants et les plus originaux. Dans Pas Sidney Poitier, nous ne sommes pas loin de cet univers d’Effacement (Actes Sud), chef-d’œuvre qui fit découvrir l’écrivain en France.
Ce nouveau roman nous présente un personnage au nom étrange, Pas Sidney, sorti du ventre de sa mère après vingt-quatre mois ! Dès ses premières rencontres avec le monde extérieur dans les quartiers noirs de Los Angeles il essuie brimades et moqueries sur ce nom de l’acteur noir américain Sidney Poitier, sans qu’il ne sache pourquoi. Plus tard, à la mort de Madame Poitier – qui avait investi dans l’entreprise Turner – Pas Sidney hérite d’une fortune colossale. Le patron de la société, Ted Turner – le magnat des medias américains –, recueille le jeune enfant noir qui devient Pou-ah dans l’une de ses résidences d’Atlanta. Pas Sidney vit au rythme des exercices d’aérobic de Jane Fonda, des conversations avec Turner, des cours particuliers donnés par une « sœur » noire plantureuse aux accents marxistes, des leçons d’arts martiaux pour se protéger des jeunes qui le frappent. Rat de bibliothèque, il découvre une science occulte proche de l’hypnose qui lui permettra de se dépêtrer des soucis à venir. 
Percival Everett
Pas Sidney Poitier décide cependant de fuir Atlanta pour regagner Los Angeles, armé d’un faux permis et d’une voiture. Nous voilà alors plongés dans une histoire digne des frères Cohen entre O’Brother et Big Lebowsky. A peine sorti d’Atlanta, il est arrêté par un policier blanc est enfermé en prison. Revenu à Atlanta, Pas Sidney Poitier entre à l’Université Noire en soudoyant une administratrice. Sa ressemblance avec l’acteur Sidney Poitier est de plus en plus flagrante. Dans cette fac il rencontre l’écrivain Percival Everett, l'auteur d’Effacement, professeur de « Philosophie du Non Sens » et qui lui trouve une ressemblance troublante avec… Harry Belafonte ! Le parcours de Pas Sidney continuera sur ce rythme effréné, ponctué de situations burlesques. Dans ce récit drôle et cruel Percival Everett retrace en réalité l’itinéraire d’un Noir américain qui porte sur ses épaules les turbulences de l’Amérique des années 70-80. On ne s’empêchera pas d’y voir l’œil incisif du Chester Himes de La Fin d’un Primitif et le parcours effronté de ce « pauvre » Lee Andersen de J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian. Un livre qu’on aura du mal à fermer...
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Pas Sidney Poitier, roman de Percival Everett, traduit de l'américain par Anne-Laure Tissut, Actes Sud, 2011, 298 pages, 22,50 euros
Cette note de lecture a été publiée le 1er mai dans l'hebdomadaire Jeune Afrique où je tiens une chronique littéraire mensuelle intitulée "Lu et Approuvé".

lundi 2 mai 2011

AINSI VA LE MONDE (19) : Mort de Ben Laden, bonheur ou malheur ?


La chasse à l’homme aura duré plus d’une décennie : Oussama Ben Laden a été éliminé « dans une opération menée au Pakistan par les Etats-Unis » soulignent presque toutes les dépêches. Celui qui était considéré aux Etats-Unis comme l’ennemi public numéro 1 de tous les temps aura causé la mort de plus de trois mille citoyens de la première puissance  mondiale en septembre 2001 avec deux avions américains détournés par des terroristes kamikazes et qui prirent pour cibles les deux tours de la World Trade Center à New York. Ces tours jumelles symbolisaient la puissance américaine. Drames. Pertes. Tragédies. Le choc fut planétaire. L'Amérique était donc vulnérable et "attaquable". Un colosse aux pieds d'argile ? En tout cas beaucoup le pensaient désormais. Oussama Ben Laden était derrière le "coup" et le revendiquait avec décontraction. Un héros était né pour certains. Un diable pour d'autres. Les Républicains, alors au pouvoir, l’avaient traqué en vain, livrant la guerre contre l'Axe du Mal
Voilà enfin que le cerveau du terrorisme a été anéanti. Barack Obama, dans son adresse "à la nation américaine et au monde entier" avait la mine de celui qui venait de boucler la boucle. On pouvait lire derrière ce discours une stratégie destinée à utiliser cet « évènement », à se le créditer dès maintenant avant la course à l'élection présidentielle de 2012, l'actuel président s'étant déclaré candidat il y a peu. Il n'a pas tort, l’Amérique aime les dirigeants qui gagnent des victoires militaires. Et l’Américain moyen n’aura pas la mémoire courte lorsque viendra le moment de choisir son prochain leader.

Cette élimination soulève pourtant quelques questions. Est-ce vraiment Ben Laden qu’on a liquidé ? L’Amérique a sa réponse. Une parente de Ben Laden était morte dans le pays, le FBI avait prélevé par anticipation des éléments qui permettront d’attester définitivement – pour les sceptiques – l’identité du chef d’Al-Qaida après l’autopsie du corps. Procédure plus que nécessaire, sinon nous retomberons dans le doute qui avait suivi la capture de Saddam Hussein.  
New York 11/09/2001
Que vont faire les membres du réseau d’Al-Qaida ? Quelques observateurs, le temps de revenir sur terre et de tempérer leur satisfaction, parlent d’une inévitable vengeance. Prudente, l’Amérique va augmenter ses mesures de sécurité. Donc préparez-vous à la nervosité que nous avons connue en 2001. Un homme qui fut aussi populaire dans toute la planète ne pourrait que devenir un grand martyr pour certains. Pendant qu’une foule célèbre la nouvelle devant la Maison Blanche et le "ground zéro" – il est presque 1h30 du matin et la foule ne fait que s’accroître – imaginons l’exaspération des disciples de Ben Laden. Surtout que cette liquidation arrive au moment où tout s’effondre dans le monde arabe. Le bonheur des uns fera forcément le malheur des autres. Parce que c’est ainsi que va le monde, et nous avec. 




Cette chronique a été reprise par le site du Courrier International (cliquer ici)