dimanche 26 juin 2011

"Black bazar" au Festival d'Avignon ce mois de juillet

Le comédien Modeste Nzapassara
La pièce de théâtre “BLACK BAZAR” tirée de mon roman éponyme paru aux éditions du Seuil en 2009 continue à faire son bout de chemin . Après plusieurs représentations à succès à Paris, à Nantes, à Seynod, à Dakar et à Los Angeles entre autres, Modeste Nzapassara – qui a adapté le roman, l’a mis en scène et le joue – se retrouve cette fois-ci au Festival d'Avignon qui est, comme on le sait, l’endroit de prédilection pour le théâtre au regard du nombre de pièces qui sont présentées au public et de l'attention des "professionnels de la profession". Pour celles et ceux qui passeront dans les parages, l’acteur jouera au Théâtre La condition des soies  du 8 au 31 juillet, tous les jours à 14h30. Modeste Nzapassara, né en juin 1967 à Bangui (en Centrafrique) est comédien, metteur en scène français. Il est également auteur. Il a travaillé avec Joël Jouanneau, Michael Batz, Gérard Gelas, Richard Demarcy… Il a reçu le 1er Prix du Comédien Espoir en 1989, a intégré le Théâtre National de Centrafrique – et parallèlement  jouait dans d’autres troupes –, s’est produit de 1989 à 1992 dans des sketches comiques avec la compagnie de théâtre populaire Les Conteurs de Tout dont  les spectacles  sont  basés sur des canevas et de l’improvisation. Comme comédien Modeste Nzapassara a joué, entre autres, dans Dommage qu’elle soit une putain de John Ford (dramaturge élisabéthain), Nuit Blanche  de Mama Keïta, Othello de William Shakespeare, ou encore Hilda de Marie NDiaye. En tant que metteur en scène, hormis ses propres textes (Des mots en cascades, Polychrome…), il a monté les ouvrages de Mike Kenny (Sur la corde raide),  Jean-Claude Grumberg (Marie des grenouilles). L'année dernière il avait été à l'affiche au Lavoir Moderne Parisien pour Black bazar (video) :


A voir du 8 au 31 juillet dans le cadre du Festival d'Avignon 2011,  
au Théâtre de la Condition des Soies
13 rue de la Croix
84000 Avignon 
Téléphone réservation :
+33 (0)4 32 74 16 49 

mercredi 22 juin 2011

AINSI VA LE MONDE (26) : Quand un acteur Américain explique la gueule de bois en français


J’avais déjà vu aux Etats-Unis, non sans un grand plaisir, le premier volet du film Hangover (Very bad trip). C’était alors les aventures à fois cocasses et tragiques de trois amis d’un fiancé. Le quatre, au réveil d'un enterrement de vie de garçon bien arrosé et tumultueux, se rendent compte que le futur marié avait disparu presque deux jours avant la cérémonie de mariage. Devant une situation aussi alarmante ils devaient alors rassembler leurs souvenirs pour percer ce mystère, et donc comprendre ce qui s’était passé la veille dans cette ville de Las Vegas considérée comme celle de la dépravation. Bradley Cooper, Ed Helms, Justin Bartha et le « grassouillet et tendre » Zach Galifianakis campaient des personnages d’exception. Le rire était au rendez-vous dans cette comédie qui fut l’un des plus grands succès cinématographiques de l'année 2009. 

Deux ans plus tard, les mêmes personnages ont repris du service dans Hangover 2 (Very bad trip 2). L’idée de départ est similaire : Bradley Cooper (Phil), Zach Galifianakis (Alan), Justin Bartha (Doug) et Ed Helms (Stu) se retrouvent en Thaïlande à l’occasion du mariage de ce dernier avec une fille originaire de ce pays. Le futur marié – qui a gardé un mauvais goût des déconvenues de Las Vegas – ne souhaitent pas que cette fois-ci la poisse vienne gâcher les choses. On évite cette la soirée d’enterrement de vie garçon comme celle qui eut lieu à Vegas, et on opte pour quelque chose de plus pratique et de moins risqué : un brunch entre les quatre amis au bord de la mer,  juste avant la cérémonie du mariage. Mais tout va mal tourner puisque les quatre se réveillent le lendemain dans une pièce pourrie, avec des gueules de bois, sans se souvenir de ce qui s’était passé la veille et dans quel endroit ils se retrouvent. Ils sont en réalité dans la ville de Bangkok ! Un singe sympathique se rajoute à la bande, ainsi que, plus tard, un malfrat asiatique nommé Chow dont la présence contribuera à étoffer la tension de l'histoire. Mais il y a aussi le petit frère de la future mariée, un prodige de 16 ans, étudiant à Stanford, chouchou du futur beau-père. Le gamin a été apparemment pris en otage, et sans lui on ne voit pas comment le beau-père donnerait son brevet final pour l'union. Et c’est le début d’une des aventures les plus rocambolesques de cette année. Tout laisse à penser que le succès commercial est garanti – et il est déjà puisque le film a déjà dépassé les 500 millions de recettes aux Etats-Unis. 


En France la promo a battu son plein dès le  mois de mai avec l’apparition au journal de TF 1 d’un des acteurs principaux, le nouveau « tombeur de ces dames » Bradley Cooper. Celui-ci a surpris tout le monde lors de son interview au journal de 20 heures en face de la journaliste-vedette Laurence Ferrari "prise de court" car son invité américain tenait à s’exprimer entièrement en langue française ! Un pied de nez qui a fait augmenté le nombre de visiteurs de la vidéo de l’interview sur le site Youtube. 
Le magazine Weekly Entertainment, aux Etats-Unis, est aux anges et loue le multilinguisme de cet acteur américain. Il rappelle que lorsque Jodie Foster s’exprime de cette langue, on trouve cela normal, mais lorsque Bradley Cooper s’empare de la langue de Voltaire (et de Kourouma !), c’est autre chose, il y a quelque chose de magique, quelque chose qui fait douter qu’on puisse atteindre une telle élégance et une tel « sex-appeal » dans une langue comme l’Allemand. En réalité, le système universitaire américain - dans lequel a baigné Bradley Cooper - a souvent privilégié les échanges avec la France et favorisé ainsi une nouvelle approche dans l'étude des langues. Cet acteur est sans doute l'exemple-type de la réussite de cette entreprise. Et dans une carrière, cela compte. Pour la littérature, interrogez donc Paul Auster ! Et dire que beaucoup de Français ont toujours pris les Américains pour de pauvres cons qui ne parlent qu’une seule langue, la leur ! Que voulez-vous, ainsi va la monde, et nous avec !

mardi 21 juin 2011

Que lire ? (3) : Chayotte, très beau chant d'amour


Elle s'appelle Marie-Christine Gordien. Vous ne l'avez certainement pas encore lue, c'est son premier livre. Chayotte – texte poétique liminaire qui donne le titre à l’ouvrage constitué de trois autres textes brefs, L’Apostrophe des côtes, L’inconsistance des pierres et La Première mer – s’ouvre avec deux citations, une de Patrick Laupin, l’autre d’Edouard Glissant, « père » de l’Antillanité ou encore du Tout-monde, chantre de la "poétique de la relation". 
L’objet littéraire non identifié qu’elle nous propose est à la fois un chant d’amour, un écho qui va plus loin et nous montre que la concision d’un ouvrage (64 pages) est parfois une nécessité pour mieux capter la parole. Dans le texte d’ouverture, on pense immédiatement au grand poète Guyanais Léon Gontran Damas et ses fameuses poupées noires dans « Limbé » lorsqu’ici Gordien entonne une lumineuse ode à Chayotte :
Poupée blanche désarticulée. Poupée noire dont les membres sont cassés. Ou encore au même Damas et son « Hoquet », ici en clin d’œil par la poétesse : Chayotte doit s’habituer aux bruits./ Il y a l’orgue qui hurle do mi la do mi la./ l’orgue ciel pansement éponge tout.

Le deuxième texte, L’Apostrophe des côtes est le portrait tendre « de l’homme dont la vie a passé entre le fracas des rythmes et des robes longues », cet homme pour qui « les jambes des femmes furent marines », « voyages » et « océans », cet homme qui « souriait tout seul, sanglé dans le chagrin ». Mais saura-t-il que « l’étreinte est une terrasse écrasée sous le soleil où personne ne vient plus jamais » ?

L’Inconsistance des pierres  convoque notre regard à la fois sur la nature, la vie quotidienne, le rapport père-fille, la mort. Car il s’agit surtout de « ne pas déranger l’émerveillement de ces eaux scintillantes ». Il faudrait, nous dit la poétesse, trouver du cœur pour parler aux montagnes. Enfin, La première mer pourrait être un « silence très long » dans lequel Gordien questionne en toile de fond l’identité. « Son père n’avait pris aucun bateau… Sa mère n’était pas blanche. Sa mère n’était pas noire. » Rien n’est jamais précis en ce monde, et « il reste les arbres pour dire l’amour inconnu…»

Marie-Christine Gordien vient de publier un étrange premier livre qui frappe par la maturité de l’écriture et la force d’un style tranchant avec les tonnes de lamentations que certains, de nos jours, font souvent passer pour de la poésie. Saluons donc au passage le courage de son éditeur qui est basé en Rhône-Alpes - dans l'agglomération de Roanne - qui a pris le courage de promouvoir l'indépendance du talent, quelle que soit sa forme…

Marie-Christine Gordien, Chayotte, éd. La Rumeur libre, 2011, 64pages, 10euros.

dimanche 19 juin 2011

Que lire ? (2) : Anthony Phelps, la voix du peuple


R. Saint-Éloi et Anthony Phelps (à droite)
Après le séisme du 12 janvier 2010, on ne lit plus les auteurs haïtiens comme avant. On découvre en chacun d’eux une parcelle d’une île démantibulée. Et lorsqu’on entre dans certains livres publiés avant cette tragédie on constate avec stupéfaction que l’écriture est parfois une prophétie que nous ne saisissons qu’après un évènement douloureux. C’est en tout cas l’impression que j’ai ressentie en lisant Mon pays que voici d’Anthony Phelps, un des piliers de la littérature haïtienne contemporaine et injustement ignoré en France. Phelps a toujours loué la bravoure de son peuple, seul geste susceptible de surmonter les moments les plus difficiles :

A l’heure où tous les chats sont gris
Je reconnais le pas de mon pays
Qui fait sa ronde
Sur ses sandales d’héroïsme

Un peu plus loin, le poète entonne un chant douloureux à peine atténué par la beauté d’un lyrisme percutant :

Je continue ô mon pays ma lente marche de
poète
un bruit de chaîne dans l'oreille
un bruit de houle et de ressac
et sur les lèvres un goût de sel et de soleil
Je continue ma lente marche dans les ténèbres
car c'est le règne des vaisseaux de mort

Poète, romancier et « diseur », né en 1928 à Port-au-Prince, l’auteur vit à Montréal depuis les années soixante et a participé à la révolution littérature née pendant cette période dans cette île et qui allait toucher toute la littérature négro-africaine. Anthony Phelps est de la stature d’Emile Ollivier ou encore de Frankétienne, le « Nobelisable » que j’ai toujours considéré comme l’écrivain le plus important d’Haïti, toutes époques confondues. Dans Mon pays que voici le lecteur entendra un chant éclaté, une voix d’une puissance divine qui parle à un peuple pour que celui-ci, comme l’écrivait Aimé Césaire, ne passe pas « à côté de son cri ». Avec Phelps c’est du commencement des choses dont il s’agit. C’est de la Parole originelle dont il est question et, au-delà, de notre salut. Ce livre dédié à ses parents et à ses enfants nous émeut de bout en bout. Paru d’abord en 1966, sa réédition par les Editions Mémoire d'Encrier dirigées par le très dynamique poète Rodney Saint-Eloi, est une entreprise de sauvetage de premier plan. Ce n’est pas un recueil de lamentations d’un écrivain en exil. C’est une ode qui dépasse les frontières haïtiennes pour nous remuer, quelle que soit notre géographie :

Il viendra le temps d’apprendre à souffrir
Il viendra trop tôt le temps du réveil
Il sera brutal il sera cruel
Dors mon enfant Dors.

Ce recueil qui tient une place importante dans l’œuvre de Phelps est accompagné d’un « album photo » où l’on peut « voir » la vie du poète, ses parents, son frère André, ses contemporains comme Davertige, Morisseau, Ollivier ou encore Philoctète. Mais il y a aussi ceux qui sont devenus des classiques comme le Cubain Nicolas Guillén ou encore les compatriotes de Phelps comme René Depestre et Jean-François Brière. Cet album est suivi d’un vibrant hommage rendu à l’auteur par Emile Ollivier qui se demande « comment rendre hommage à un créateur vivant sans pour autant lui dresser une stèle, lui ériger un tombeau qui scellerait le foisonnement d’une créativité en acte ». Et Ollivier saisit toute la dimension de l’œuvre de ce grand écrivain lorsqu’il conclut : « Je crois que ce qui intéresse Anthony Phelps, c’est le moment où l’histoire personnelle bascule dans l’histoire collective ». 
Un livre intemporel, libre et traversé par une humanité rare en ces temps de bruits et de postures intellectuelles exagérées.  

Anthony Phelps, Mon pays que voici, recueil de poèmes, Montréal, éd. Mémoire d’encrier.

mardi 14 juin 2011

Lu et approuvé (6) : Yahia Belaskri couronné par le Prix Ouest-France/Etonnants Voyageurs


Yahia Belaskri, Prix Ouest-France/Etonnants Voyageurs 2011
"Si tu cherches la pluie, elle vient d'en haut" est le titre du roman de Yahia Belaskri signalé dès aout 2010 comme étant parmi mes 7 préférés de la rentrée littéraire 2010. Ces 7 romans avaient presque tous été primés, sauf celui de Yahia Belaskri. Il vient désormais de remporter, à notre plus grand bonheur, le "Prix Ouest-France Etonnants-Voyageurs 2011" lors du festival Etonnants-Voyageurs de Saint-Malo qui accueillait du 11 au 13 juin plusieurs centaines d'écrivains venus du monde entier et réunis autour de la thématique "Villes mondes, cultures urbaines". C'est le couronnement d'une nouvelle voix, d'une écriture libre par un des prix les plus indépendants de la littérature française. Ce prix est doté de 10.000 euros et l'ouvrage bénéficie d’une campagne de promotion offerte par le Ouest-France, l'un des plus grands quotidiens européens. Il est décerné par un jury de 10 lecteurs âgés de 15 à 20 ans. (Voir la liste des lauréats depuis la création du Prix en 2005  en cliquant ici). 
Voici la chronique que j’avais publiée dans "Jeune Afrique", juste quelques semaines après la mise en vente du roman en librairie :

On reconnaît la singularité d’une œuvre de fiction lorsqu’elle s’écarte des normes, joue une partition qui détonne et laisse au lecteur un sentiment « d’angoisse délicieuse » malgré la gravité du sujet. C’est l’impression que j’ai ressentie en refermant Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut, le dernier livre de Yahia Belaskri, dont j’avais déjà salué Le Bus dans la ville (Vents d’ailleurs, 2008), un premier roman très prometteur qui signait alors son acte de naissance dans le paysage littéraire francophone.
Cette fois-ci, Belaskri passe du cap de la promesse à celui de la confirmation, et quelle confirmation! L’auteur campe dans ce roman deux personnages principaux qui resteront dans la mémoire des lecteurs comme les témoins d’une société algérienne en proie à ses démons – mais ne s’agit-il vraiment que de la société algérienne, alors que le cri qui émane de ce livre convoque le genre humain dans son ensemble?
Chez Belaskri, l’individu est au centre, confronté à une société atrophiée, gangrenée, frappée de « petites véroles » comme aurait écrit Césaire dans son Cahier d’un retour au pays natal. La corruption, la folie, le meurtre, le parricide deviennent des faits ordinaires. Comment « changer les choses »? Il faut « opérer des ruptures, rompre avec le passé afin de l’interroger, le mettre à distance, le critiquer, et ainsi renaître ».
Entre le couple Adel et Déhia – qui se sont connus au cours d’un colloque –, c’est une histoire de destins croisés. Tout semble les opposer, mais ils devront se donner la main comme dans L’Aveugle et le Paralytique, la fable de Florian: « Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi. » Le roman alterne entre le passé des personnages et leur présent.
Déhia est une universitaire rigoureuse et incorruptible issue d’une bonne famille tandis qu’Adel, cadre dans une entreprise, vient d’une famille modeste. Entre les deux, il y a l’amant de Déhia, Salim. La tragédie frappe aveuglément ces trois personnages: Déhia, dont la mère est égorgée, l’amant, Salim, poignardé, et le père en proie à la folie. De son côté, Adel court après ses démons: il a perdu sa compagne dans un attentat manqué qui visait l’immeuble dans lequel il travaillait. Et puis il y a son frère, Badil, plongé dans le banditisme, qui sort dix ans plus tard de prison et dont Adel ne trouvera que le corps et les papiers du côté de l’Italie. La rencontre entre Adel et Déhia ne pouvait être que décisive. Dans la tragédie, regarder dans la même direction allège le poids du passé.
La force de Belaskri est d’avoir évité le misérabilisme ou le manichéisme pour nous offrir une autre vision de la condition humaine. Bouleversant.

Texte paru le 6/10/2010 dans la rubrique "Lu et Approuvé" que j'anime tous les mois dans l'hebdomadaire Jeune Afrique 

mardi 7 juin 2011

Lu et approuvé (5) : Le dernier-né des poètes congolais

Pour avoir publié de la poésie à mes débuts, je sais ce que représente la « solitude » des poètes. On dit qu’ils se plaignent trop. On ajoute qu’ils en veulent à mort au roman, ce genre littéraire qui aurait pris toute la place, et que, de toute façon, on ne lit plus la poésie de nos jours comme au temps de la Négritude incarnée par Senghor, Césaire et Damas. Les poètes actuels seraient les derniers des Mohicans, des auteurs sans public et sans éditeurs. Triste tableau pour un genre qui a donné aux Lettres de grands noms, voire des Nobel de littérature !
La poésie existe, et c’est à nous d’aller à sa rencontre. Je vous propose une nouvelle voix, celle du Congolais Serge Eugène Ghoma Boubanga qui vient de faire paraître « Derniers silences », son premier recueil, après avoir reçu le Grand prix international Tchicaya U Tam’si. Politologue de formation, il est né à Pointe-Noire, en 1966. Tout laisse à penser qu’il ne fera pas de la poésie son violon d’Ingres mais une passion à « plein temps ». Son univers ne manquera pas de rajouter une nouvelle page à la poésie congolaise dont on connaît la renommée des auteurs tels que Tchicaya U’Tamsi, Jean-Baptiste Tati-Loutard, Maxime Ndebeka, Léopold Pindy Mamonsono, Alphonse Nzanga-Konga ou encore Marie-Léontine Tsibinda. Ghoma Boubanga rend d’ailleurs hommage à certains de ses aînés plus connus comme romanciers, notamment à Emmanuel Dongala – avec un poème intitulé « Le feu des origines » – ou à Sony Labou Tansi à qui les vers suivants sont adressés : 

Parmi les hérétiques initiés
Contempteurs des messes rituelles
Ta voix de soprano modulait la liberté ».

Un poète ne vient pas au monde en ne lisant que ses compatriotes. Ghoma Boubanga le sait, et nous retrouvons, à travers certains clins d’œil et titres (« Les contemplations », « Méditations ») des hommages qui vont de Victor Hugo à Alphonse de Lamartine. Il s’agit ici d’un lyrisme qui traduit l’angoisse du poète devant la déliquescence de sa terre natale. La voix devient chaude et grave avec le portrait de la mère « chérie » comme pilier de la famille. La cosmogonie congolaise est en toile de fond. Que faire lorsque le sentiment de la désolation l’emporte sur un avenir radieux ? Ne pas baisser les bras. Le poète lance alors :

 Et à la rencontre de mon triste destin
J’apporterai à toutes les funérailles
L’insigne colère des vieux mutins 

Un recueil qui montrera aussi que l’auteur sait jouer de l’humour, notamment avec une « Lettre à un requin » de la part d’un « ami végétarien ».
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A lire : Serge Eugène Ghoma Boubanga, Derniers silences, poèmes, Ed. L’Harmattan-Congo, 2011. 

Cette note de lecture a été publiée le 6 juin dans l'hebdomadaire Jeune Afrique où je tiens une chronique littéraire mensuelle intitulée "Lu et Approuvé".

mercredi 1 juin 2011

AINSI VA LE MONDE (25): Et vos vacances à vous ?

Le journal de Québec demande à quelques écrivains ce qu’ils feront pendant l’été. Je dois me soumettre - y compris mon frère et complice Laferrière - à cette enquête dans le milieu des écrivains. Dur de donner une réponse. La plus banale serait de dire : « Je vais écrire ou finir un roman ». Mais avec les écrivains, c’est ça, ça montre qu'on travaille, et ils sont toujours en train d’écrire ou de finir un roman même si ce n’est pas le cas. Or un écrivain qui attend les vacances pour écrire devrait se poser des questions sur son travail. L’écriture est par essence inattendue, qu’on soit en vacances ou pas. Et parfois c’est lorsqu’on est débordé au cours de l'année que jaillissent les premières phrases d’un livre, et finalement l’ossature de ce qui sera le « prochain roman » que vous aurez entre les mains. Tenez, j’ai connu un ami qui clamait partout qu’il avait du talent et que c’était le temps qui lui manquait pour finir son premier roman.  Quand il a été viré de son travail il a eu tellement du temps qu'il n'a rien écrit. Et que dire de ceux qui attendent la retraite pour se lancer ?
Opposer la question du temps signifie, en clair, qu’on n’a rien à dire – et surtout à écrire. Les vacances servent à « faire le ménage », à dépoussiérer tout ce qui enraye la mécanique de la création. Pour écrire il vaut mieux ne pas se fixer une période, mais s’attendre à ce que ça arrive à tout instant. Je ne me rappelle pas avoir écrit un seul roman pendant les vacances. C'est souvent la période où l'éditeur m'envoie les épreuves d'un prochain ou alors la période où ledit éditeur me fait asseoir dans une salle austère afin de signer une pile de livres pour la presse. C'est ce que les écrivains que vous allez lire à la rentrée sont en train de faire. Parmi eux : Léonora Miano (Cameroun), Ces âmes chagrines aux éditions Plon ; Khadi Hane (Sénégal), Des fourmis dans la bouche, aux éditions Denoël ; Carole Martinez (France), Du domaine des murmures, aux éditions Gallimard. Ces "trois femmes puissantes" attendent que vous lisiez leur nouveau roman dans deux mois exactement. Je parie ce jour que l'une d'entre elles sera parmi les vedettes de la rentrée littéraire 2011 et aura un destin  inoubliable. Je vous laisse trouver laquelle...


Pendant les vacances je pense plutôt à autre chose. A me divertir, même pas à lire – la lecture aussi obéit presque aux règles de l’écriture puisque le lecteur est un potentiel écrivain. Les vacances, c’est pour « vaquer ». Et d’ailleurs la définition du ce mot est claire : « Période plus ou moins longue pendant laquelle une personne cesse toute activité professionnelle pour se reposer, se détendre ». Comme si pendant l’année on ne se reposait pas, on ne se détendait pas. C’est plutôt une vision sociale, une manie imposée par ce monde dans lequel nous vivons et où le travail est perçu comme un fardeau – en particulier lorsqu’on n’aime pas ce qu’on fait. Mais si on aime ce qu’on fait les vacances peuvent paraître longues et sans intérêt. Triste paradoxe, non ? Hélas, c’est ainsi que va le monde, et nous avec.