lundi 11 juillet 2011

Lu et approuvé (7) : Kebir-Mustapha Ammi signe un beau récit d'aventures !


Les journaux de voyages des explorateurs de l’Afrique ont permis de préciser certaines pages de l’Histoire du continent. Les récits médiévaux des marchands Arabes découvrant les grandes dynasties soudanaises furent suivis par ceux des Lumières, avec notamment Mungo Park  sillonnant les rives du Niger, puis par ceux commandés par les puissances coloniales représentées entre autres par Stanley et Savorgnan au 19eme siècle. Les romanciers contemporains ont souvent puisé dans ces récits, et on se souviendra par exemple de Léon l’Africain d’Amin Maalouf, devenu un best-seller mondial.
Kebir-Mustapha Ammi revient souvent sur les pages contrariées de l’histoire coloniale nord-africaine, comme dans Abd El-Kader (Presses de la Renaissance, 2004) où il redonna au célèbre émir l’étoffe du poète et du philosophe. Dans son dernier roman, Mardochée, il nous révèle les dessous de l’un des derniers épisodes de la conquête coloniale française. Tout cela sous la plume d'un vieux juif marocain nommé Mardochée. Ce rabbin, au seuil de la mort, raconte sa vie de Mogador à Alger en passant par Paris. La langue soutenue du vieil homme et ses descriptions saisissantes nous immergent dans Alger la Blanche et l'imaginaire des peintres orientalistes Delacroix ou Chassériau – on pense d’ailleurs rencontrer, au hasard d’une ruelle, Le Chat du Rabbin.
En 1883, pendant une année, Mardochée devint le Guide d’un jeune explorateur, Charles de Foucauld alias Joseph Aleman, qui avait décidé de se déguiser en Juif dans le dessein de ne pas éveiller les soupçons sur ses véritables motivations. Les carnets de route de cet explorateur intitulés Reconnaissance du Maroc furent alors une mine d’informations qui allait servir à la conquête du Maroc et à l'établissement du protectorat français. Mardochée veut livrer ses propres vérités sur ce voyage et, en filigrane, dresse un autre portrait de ce « diable d'Aleman ». Dès leur arrivée au Maroc, Mardochée surprend l’explorateur en pleine négociation avec les autorités consulaires françaises sur la suite à donner au voyage. Le Vieux retrace avec précision chaque anecdote de ce parcours et ses aventures avec l’explorateur. Fin, rusé et espiègle Mardochée pointe du doigt les discriminations ambiantes et les conflits d’intérêts coloniaux. Kebir-Mustapha Ammi, au plus haut de sa forme, nous gratifie d’un récit d’aventures d’époque passionnant et dans lequel, en réalité, la fiction demande des comptes à l’Histoire qui ne saurait être écrite de manière unilatérale.

Mardochée, roman de  Kebir-Mustapha Ammi, Gallimard, 2011, 259 p., 17,90 euros 
Ce texte a été publié dans l'hebdomadaire "Jeune Afrique" où je tiens une chronique littéraire mensuelle intitulée "Lu et Approuvé".

vendredi 1 juillet 2011

AINSI VA LE MONDE (27): Avantage Dominique Strauss-Kahn ?



Sommes-nous sur le point d'assister à un retournement spectaculaire sur l’affaire Strauss-Kahn poursuivi aux Etats-Unis depuis le mois de mai ? Le New York Times vient de lâcher la bombe : les accusations de la victime, Nafissatou Diallo, sont sérieusement mises en doute au regard de certains éléments qui étonnent même les procureurs censés charger l'accusé, et ces doutes pourraient conduire à un retour anticipé auprès des juges dans les heures qui viennent, ce vendredi. Un retour pouvant résulter en un allègement des conditions de détention du Français et, par voie de conséquence, à l'effacement de la qualification de faits en crimes. Certes les enquêteurs penchent pour des relations sexuelles au vu des tests ADN, mais d’après le quotidien américain Nafissatou Diallo aurait menti à plusieurs reprises. Selon deux enquêteurs cités par ce journal, Nafissatou Diallo aurait eu une conversation téléphonique avec un détenu dans les 24 heures ayant suivi sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn. Au cours de cette conversation enregistrée elle aurait évoqué le profit qu'il y aurait à maintenir ses accusations contre DSK. Toujours selon le New York Times citant les  enquêteurs, ce détenu en relation avec Nafissatou Diallo aurait été arrêté pour possession d'environ 180 kg de marijuana et fait partie d'un certain nombre de personnes qui ont opéré des transferts d'argent, d'un montant total de 100.000 dollars, vers le compte bancaire de la jeune femme au cours des deux dernières années ! Les virements ont été effectués en Arizona, en Pennsylvanie, en Géorgie et à New York. 
Cette situation jette un trouble sur la crédibilité de tout ce qu’a dit jusqu’alors la Guinéenne. Dans l’état actuel des choses – DSK ayant été écarté des primaires socialistes pour ses ennuis judiciaires – la nouvelle risque de bien brouiller les cartes des élections à venir, d’autant que le dépôt des candidatures pour les primaires n’est pas encore clos. Faut-il pour autant aller vite en besogne quand on sait que justice et lenteur sont des sœurs jumelles ? En tout cas, il reste que cette nouvelle ne blanchit pas pour autant DSK mais écarterait tout simplement une procédure fondée sur le crime. En somme l'affaire prend les allures de la plupart de celles que connaissent les Américains : revirements, rebondissements, suspens. Bref, un peu comme dans le cinéma d'Hollywood où tout ce qui semble évident au départ est tout d’un coup démantelé au fur et à mesure que le jour de la confrontation se rapproche. L’avocat de Nafissatou Diallo n’a pas pour l’heure réagi. En attendant qu’il y ait un retournement, cette fois-ci, contre DSK ? C’est ce qui reste à voir dans un "feuilleton" qui risque désormais de faire de l’ombre à une actualité française très chargée ces derniers temps : libération des otages français, primaires socialistes, agression de Sarkoky en province, qualification du Franco-congolais Jo-Wilfried Tsonga aux demi-finales de Wimbledon après un match épique contre Roger Federer le numéro 3 mondial. 
Nous n’avons encore rien vu, dirait les plus prudents parce que, eux, ils le savent bien comme les lectrices et les lecteurs de notre rubrique : ainsi va le monde, et nous avec.
(Avec AFP et NY Times)