dimanche 11 décembre 2011

Lu et approuvé (12) : L'union fait la force

Mathieu Léonard, historien de formation, publie L’émancipation des travailleurs, un livre qui illustre comment, au XIXè siècle, les prolétaires ont dû s’organiser pour contrer les appétits de plus en plus croissants du capitalisme. Dès les premières pages, l’auteur nous rappelle que, si nous percevons de nos jours « l’Internationalisme » sous l’angle des marchés, de la finance et des multinationales, il a existé une Première Internationale qui, elle, exprimait plutôt un élan d’espoir pour les travailleurs, un désir d’émancipation devant cette pieuvre assoiffée qu’est le capital. Comme le souligne Fredric Jameson, cité par Léonard : « Il est plus facile de penser la fin du monde que la fin du capitalisme ».

Les travailleurs de L’Internationale estimaient à l'époque qu’ils avaient un « devoir de violence » et qu’ils devaient s’unir afin d’exprimer leur force, voire d’incarner un contrepouvoir. Pour cela, ils créèrent une association à Londres en 1864 (Association Internationale des Travailleurs, l’AIT), laquelle  se disloqua à la fin des années 1870 en raison de dissensions internes.

Cette quête d’émancipation est mise en lumière par Mathieu Léonard, qui retrace, dans un style accessible et fluide, pour un sujet en apparence austère, l’histoire détaillée de cette  Première Internationale née alors qu'émergeait la classe ouvrière à la faveur de la révolution industrielle. On voit défiler des personnages célèbres qui, comme Karl Marx, Proudhon, Wilhelm Liebknecht, Michel Bakounine, incarnent la défense de cette classe ouvrière.
Si cette Première Internationale chercha à répondre aux questions de son siècle, elle laissa en suspens « celle des peuples colonisés, celle de la libération des femmes, celle de la paysannerie ». Comment pouvait-elle alors espérer fédérer la classe ouvrière mondiale ?

On pourrait penser que cet opus est un livre décalé par rapport à ce que nous vivons aujourd'hui. Ce serait une erreur grave car, en ces temps de Printemps arabe, de rage des « indignés » dans les grandes villes du monde, de déréglementation des marchés financiers, L’émancipation des travailleurs est au contraire un livre qui tombe à pic. Il nous permet de comprendre l’origine de la colère des peuples et nous redit avec force ce que Fanon affirmait dans Les Damnés de la terre : « Les mains magiciennes ne sont en définitive que celles du peuple ». Ce peuple, forçat de la faim, qui devra en tout temps rechercher l’union pour faire la force…

Mathieu Léonard, L’émancipation des travailleurs. Une histoire de la Première Internationale. La Fabrique Editions, 416p., 16euros